Alexis Pitallier 17 - juillet - 2014 Critiques

 

Un film d’Arie Posin. Avec Annette Benning, Ed Harris et Robin Williams. Sortie le 16 juillet 2014.

 

Annette Benning en veuve inconsolable qui tente de revivre l’amour avec le sosie de son mari joué par Ed Harris, cela aurait pu donner un beau drame psychologique… Encore fallait-il traiter ce sujet avec la profondeur qu’il mérite…

 

Note : 2,5/5

 

Un jour, la mère du réalisateur a rencontré le sosie de son mari, mort 5 ans auparavant. A partir de cet événement, Arie Posin a imaginé l’histoire de Nikki (Annete Benning), décoratrice d’intérieur et veuve inconsolable de son mari Garrett jusqu’à ce qu’elle rencontre 5 ans après sa copie conforme en la personne de Tom, un artiste. Se sentant revivre, elle le séduit et une histoire d’amour commence entre eux … sans que Tom soit informé de son statut de double. Apprendra-t-il la vérité ? S’il l’apprend, comment réagira-t-il ? Nikki finira-t-elle par l’aimer pour lui-même ? Ces questions sont au cœur d’une intrigue psychologique qui aurait pu être passionnante si elle n’avait pas été traitée de façon sommaire… En effet, malgré la bonne idée de départ, le film reste à la surface des choses. Le parti-pris du réalisateur de commencer l’histoire après la mort du mari, que nous découvrons qu’au travers de courts flash-back, nuit à l’intérêt que nous pourrions porter à l’histoire d’amour. Il est impossible de ressentir la puissance des liens qui les unissaient, comme il est difficile de se sentir concerné par la relation entre elle et Tom, puisqu’on ne peut pas comparer l’original à sa copie. Si le personnage de Garrett avait été plus présent, Ed Harris aurait eu l’occasion de composer deux personnages, comme celui de Kim Novak dans Sueurs Froides.

 

© Chrysalis Films

© Chrysalis Films

 

L’influence du chef d’œuvre d’Hitchcock sur The Face of Love semble par moments évidente. Mais là où Hitchcock donnait une bonne variation sur le thème du Double en nous présentant l’original (Madeleine) et sa copie (Judy), Arie Posin en donne une version incomplète en nous montrant la copie (Tom) sans l’original (Garrett). Ce n’est pas le seul défaut du film. Les dialogues, comme certaines scènes, sont convenus. Les personnages ne sont pas assez bien écrits pour qu’on s’y attache, malgré la bonne interprétation des deux acteurs principaux. Un trop grand nombre d’ellipses empêche de voir l’évolution des sentiments. The Face of Love reste intéressant par les interrogations et les réflexions qu’il provoque. Ce film entre dans la lignée des fictions qui traitent du double utilisé comme moyen de contrôler le temps afin de garder le présent éternel pour qu’il ne devienne jamais passé. Ce que fait Nikki en se persuadant par l’intermédiaire de Tom que Garrett est toujours vivant alors que ce n’est qu’une illusion. Quelle est la valeur du clone ou du sosie par rapport à l’original ? Si le double empêche en un sens de se défaire du passé, ne peut-il pas aussi aider à faire son deuil pour aller de l’avant ?

 

Parti d’une bonne idée, le deuxième film d’Arie Posin déçoit par son manque de profondeur dans le traitement et par certains choix scénaristiques. Il pose cependant des questions intéressantes sur des sujets tels que l’amour, le deuil et le double.

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