Ilan Ferry 12 - juin - 2014 Best of, Critiques

 

Un film de Jonathan Glazer. Avec Scarlett Johansson, Jeremy McWilliams, Lynsay Taylor McKay. Sortie le 25 juin 2014.

 

Scarlett Johansson se met à nu dans un OFNI aussi exigeant sur la forme que clinique sur le fond. Froid, certes mais aussi tellement humain.

 

Note : 3,5/5

 

Scarlett Johansson est une mangeuse d’hommes… du moins dans Under the skin où elle incarne une extraterrestre se glissant littéralement dans la peau d’une jeune femme aux formes généreuses pour séduire et consumer les mâles ayant le malheur de croiser son regard vénéneux. Après le polar (Sexy Beast) et le drame (Birth), le réalisateur/clippeur Jonathan Glazer décide cette fois d’infiltrer la S.F. On y retrouve ici son gout pour les ambiances pesantes renforcé ici par un sens de l’abstraction qui pourra en déconcerter certains et plus particulièrement ceux étant peu familiers avec ses travaux. L’occasion pour le cinéaste de repousser son cinéma dans ses derniers retranchements en nous offrant un film flirtant avec l’expérimental notamment au détour de séquences très sensorielles sollicitant aussi bien nos yeux que notre ouïe. Avec Under the skin, Glazer signe peut être son film le moins accessible mais le plus exigeant car nécessitant une attention de tous les instants de la part d’un spectateur qui, au choix, louera ou rejettera les parti pris adoptés ici. Comprendre par là que le métrage capitalise essentiellement sur son atmosphère lourde, souvent pesante et nous oblige à adopter le point de vue de son personnage principal. Ainsi, Under the skin nous donne à voir une réalité froide, clinique, presque désordonnée, une sorte de chaos silencieux où seule la prédation dans sa forme la plus brute peut subsister.

 

© Tous droits réservés

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Jonathan Glazer a beau s’en défendre, son dernier film renvoi directement au cinéma de Nicolas Roegg et plus particulièrement L’homme qui venait d’ailleurs auquel Under the skin semble rendre hommage à sa manière. Une intention louable en soi encore faudrait-il que le réalisateur le reconnaisse ou du moins assume ses emprunts. Enfin, difficile de passer sous silence la performance très sexuée d’une Scarlett Johansson qui aura rarement aussi bien exercée son pouvoir de fascination. On retiendra bien entendu ce fameux full frontal dans lequel l’actrice se dévoile intégralement à travers une scène lourde de sens, mais c’est surtout l’usage de son image, de son aura, par Glazer qui interpelle. A la fois sensuelle et dépouillée de toute artifice, la comédienne fascine « dans la peau » (c’est le cas de le dire) d’une alien aussi belle que redoutable et dont les mécanismes de séduction marchent invariablement malgré leur caractère redondant. Car à travers sa chasse (son errance ?) son personnage se veut comme une forme de réceptacle de la solitude, chacune de ses proies dégageant une profonde tristesse que l’on pourrait interpréter comme l’essence dont elle se nourrit. Comme elle, l’être humain apparaît ici comme isolé, souffrant du relatif autisme dans lequel se sont enfermés ses congénères. Ainsi, Under the skin n’est pas tant à voir comme un film de S.F. expérimental que comme une allégorie sur la condition humaine, chaque personnage croisé ici et là semblant mu par une quête de sens que l’alien met en exergue. Il en résulte une œuvre difficile d’accès, pas toujours très lisible mais d’une profondeur inattendue. Dommage que pour soutenir un propos assez fort, le cinéaste ait décidé de tirer parfois trop à la ligne quitte à perdre le spectateur dans l’abstraction la plus totale.

 

 

Incandescent et exigeant, Under the skin risque de laisser pas mal de monde sur le carreau. Dommage car au delà de son caractère conceptuel se dégage une œuvre atypique et forte.

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