Ilan Ferry 24 - mai - 2011 Best of, Critiques

 

Un film de Todd Phillips. Avec Bradley Cooper, Zach Galifianakis, Ed Helms. Sortie le 25 mai 2011.

 

Le Wolfpack goute aux joies de la murge made in Thailande dans cette suite forcément décadente. Bis repetita ?

Note : 3/5

 

Les cons… ils l’ont encore fait ! Et oui, nos Stakhanovistes des bitures qui finissent mal ont remis le couvert pour le meilleur et pour la soif ! Ce constat, survenant au terme d’un pré générique étrangement familier, annonce clairement la couleur : Very Bad Trip 2 prônera l’immuabilité face aux diktats du Bigger, Better and Louder. Une approche à double tranchant aussi jouissive que parfois frustrante pour les sales gosses retombés au stade séminal lors du premier shot il y a deux ans. On prend les mêmes et on recommence…enfin pas tout à fait puisque c’est désormais Stu qui goute aux joies du stress post traumatique mais pré mariage avec enquête à rebours et recherche frénétique d’un comparse disparu. Un air bien connu avec quelques petits changements à l’horizon : e soleil de Las Vegas a laissé place à celui de Bangkok, un petit singe prend la place du bébé/objet d’affection de ce grand malade qu’est Alan, tandis que l’épouse castratrice est remplacée par un beau-père peu avenant. Et pour ceux qui se poseraient la question : oui,  il y a bien une prostituée dans l’affaire ! Mais alors qu’est ce qui fait que la recette fonctionne toujours ? Tout simplement cette mécanique comique propre à Todd Phillips et se basant sur la sempiternelle Loi de Murphy ou « politique du pire ».  Ici, comme pour le premier opus, ce ne sont pas tant les tenants et aboutissants de cette folle nuit de débauche qui importent que leurs répercussions forcément énormes. Et si le canevas scénaristique reste le même, il réserve toutefois son petit lot de séquences anthologiques à base de singe dégourdi, dialogues non sensiques, grosses mandales et autres petites surprises bien gratinées !

 

© Warner Bros Pictures

 

Dommage toutefois que le film n’exploite pas à fond ses quelques nouvelles idées (un singe qui fume comme un pompier, l’extravagant Chow…) et préfère se réfugier dans la réutilisation de figures imposées par le premier opus. Coté persos, la joyeuse bande n’a pas changée d’un iota et s’appuie essentiellement sur un Zach Galifianakis en très grande forme. Totalement décalé et toujours aussi psychotique, il apporte une véritable dynamique à l’ensemble et nous rappelle qu’il est bien la star de cette virée au pays de la débauche. A ses cotés Bradley Cooper, au bord de l’implosion, en impose toujours autant tandis qu’Ed Helms oscille entre le calme olympien et l’hystérie outrancière . Petite pensée pour Justin Bartha dont le temps de présence à l’écran ne doit pas dépasser celui du premier film et qu’on aurait bien vu prendre part à cette anthologique gueule de bois. En vain. Quand on vous disait que le mot d’ordre était constance ! De fait, pour apprécier pleinement ce nouveau trip placé sous le signe de la pénurie d’Alka Selzer, il faut accepter que la franchise Very Bad Trip n’ambitionne  pas d’innover ni même de se renouveler mais tendrait plutôt à fonctionner sur un seul et même schéma en repoussant chaque fois un peu plus les limites du graveleux. A l’image du récent Bon A Tirer, Very Bad Trip 2 ne lésine donc pas sur les détails phalliques avec une prédisposition certaine pour le méchamment sale.

 

© Warner Bros Pictures

 

Pas de quoi crier au nihilisme à la John Waters mais il faut bien reconnaître que certaines situations flirtent sans mal avec le franchement scabreux . Un juste retour des choses quand on sait que le premier film avait plus ou moins amorti ce revirement vers l’humour pipi caca et gentiment déliquescent. L’autre facteur important à prendre en compte est « l’effet de groupe », phénomène sur lequel le film capitalise à mort voire trop au point de ne se laisser drainer que par lui. N’en déplaise à ses fans hardcores, Very Bad Trip est avant tout une expérience à vivre entre potes et qui perd beaucoup de son impact en mode solo. Comprendre par là qu’à moins d’être accompagné de son propre « Wolf Pack »,  Very Bad Trip 2 risque bien de paraître aussi indigeste qu’un Pinot Noir bouchonné ! Aucun véritable changement dans la continuité, juste une bonne vieille recette qui fonctionne (ou pas) au gré des humeurs. Le seul véritable reproche que l’on pourrait faire au film est son manque d’audace. A trop reproduire la même rythmique, le film n’évite pas les odeurs de réchauffé . Dommage car en dépit de cet amoncellement de décalquages parfois grossiers, le plaisir de retrouver cette troupe de pochtrons malgré eux reste relativement intacte. Ca passe plus que ca ne casse (enfin pas pour nos larrons !) et on garde malgré tout l’envie de les retrouver pour une ultime escale assoiffée et déjantée. Pour le coup, on aurait bien une idée de nouveau lieu de débauche… Pigalle vous connaissez ?

 

Sur un schéma similaire que le premier, Very Bad Trip 2 arrive à faire presque aussi bien, l’effet de surprise en moins.

 



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