Julien Munoz 2 - septembre - 2013 Best of, Critiques

 

Un film de Roland Emmerich. Avec Channing Tatum, Jamie Foxx, Jason Clarke. Sortie le 4 septembre 2013.

 

Après son virage à 180° exécuté avec Anonymous, Roland Emmerich refait demi-tour vers son amour pour la destruction massive. Chassez le naturel…

 

Note : 2,5/5

 

La Maison Blanche, le Roland la connaît bien pour l’avoir pulvérisé dans l’un des plans iconiques d’Independance Day. N’ayant pas pris la peine de faire le tour du propriétaire à l’époque, le voilà qui répare son erreur 17 ans plus tard avec ce White House Down, sorte de remake « intérieur » de la séquence suscitée. Enlevez les extra-terrestres belliqueux, mettez-y des terroristes surarmés investissant la bâtisse présidentielle et un agent héroïque perturbateur placé au mauvais endroit, au mauvais moment (un Channing Tatum en visite avec sa fillette fera l’affaire) et vous obtenez… Die Hard ? Il est vrai que White House Down recycle quelques situations types du chef-d’œuvre vertical de John McTiernan (la scène de l’ascenseur, les hélicoptères en rase motte en plein Washington…) mais on ne s’épanchera pas outre mesure sur ces « quelques »  correspondances qui ne peuvent que jouer en faveur de ce dernier. La chute de la Maison Blanche alors ? On ne peut nier que le bébé de Roland Emmerich présente plus d’une similarité avec le film d’Antoine Fuqua (et pour cause c’est le même pitch catastrophe à quelques détails près!), mais l’inaltérable sérieux patriotique du second qui lui conférait des airs de nanar échappé du catalogue Cannon (ce n’est pas une critique loin de là), tranche radicalement avec le ton qu’aborde White House Down.  En cela on pourrait dire que les deux « œuvres » sont davantage complémentaires que des copies carbones. L’un s’employant a faire revivre avec une brutalité vindicative l’héritage idéologique Chuck Norrisien (il ne manquait plus que l’acteur et l’illusion était parfaite), tandis que celui qui nous intéresse aujourd’hui opte pour une dérision assez étonnante une fois achevée la mise en place – ennuyeusement longue et archétypale : flic exemplaire mais papa cancre, John Cale (Tatum donc) se voit refuser d’intégrer le service de sécurité du président (Barack Oba… Jamie Foxx), en même temps qu’il tente de nouer des liens affectifs avec sa gosse au cœur du berceau de la démocratie américaine, justement pris d’assaut par des méchants (mené par James Wood et Jason Clarke), aux intentions troubles mais pas trop.

 

Channing Tatum dans White House Down de Roland Emmerich

© Sony Pictures

 

Voilà en gros pour la présentation qui, Roland Emmerich oblige, laisse ensuite tout le champ libre aux hostilités de tout poil avec pour seul mot d’ordre de fracasser/pulvériser/réduire en miettes son environnement dès que l’opportunité se présente. Emballé avec tout le soin dont Emmerich peut se montrer capable (mis à part de très vilaines incrustations sur fond vert), White House Down se distingue dans sa proportion à ne jamais se prendre au sérieux. Même dans les passages qui abordent pourtant un premier degré over the top dont il est impossible de ne pas s’amuser devant la bêtise assumée, voir du mauvais goût revendiqué de l’entreprise. Pour voir le défenseur du monde libre botter des culs en Jordan Air et lance-roquette, ou voir la fille du héros menacé d’un flingue sur la tempe accepter sans hésiter de se sacrifier pour la sauvegarde de la nation (oui ça va jusque là), c’est par ici que ça se passe. Perpétuellement sur le fil du rasoir de la parodie boursouflée et/ou de la bouffonnerie terroriste, White House Down est un cas unique du blockbuster de 2013. Une espèce d’exercice dadaïste pyrotechnique hors de contrôle raisonné, une aberration conceptuelle exacerbant la prose pacifique et réunificatrice d’Obama sous un déluge d’explosions. Non Roland Emmerich ne peut pas faire ça ?! Ben si, il peut. Tour à tour actioner grotesque mais tenu, comédie poussive mais tout en dérapage contrôlé, objet patriotique entre solennité et mauvais esprit, White House Down est un oxymore cinématographique à lui tout seul.

 

Un grand fourre-tout qui s’amuse du grand n’importe nawak qui le constitue et qui, heureusement, amuse plus qu’il ne consterne.

 

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