Ilan Ferry 11 - octobre - 2011 Best of, Critiques

 

Un film de Michel Hazanavicius avec Jean Dujardin, Bérénice Bejo, John Goodman. Sortie le 12 octobre 2011.

 

C’est une première sur Cinevibe : un film a divisé la rédac’. L’objet du scandale n’est autre que The Artist, sensation du dernier Festival de Cannes qui a valu le prix d’interprétation à Jean Dujardin.

 

Pour : 4/5

Jean Dujardin et Bérénice Béjo font un pas de deux en noir et blanc pour les beaux yeux de Michel Hazanavicius. La classe franco-américaine ?

 

Pari gonflé que de proposer, en ces temps de productions toujours plus explicatives, un film muet en noir et blanc avec une tête d’affiche plus connue pour jouer les agents secret neuneu (OSS 117) que les artistes sur le retour. C’est pourtant ce qu’est parvenu à faire Michel Hazanavicius avec The Artist, vibrant hommage au cinéma muet américain. Loin d’être un simple gimmick l’usage de ce langage cinématographique aujourd’hui disparu a ici une valeur ludique. En reprenant à son compte les codes d’un cinéma disparu depuis près de quatre vingt ans, le réalisateur nous offre un retour dans le passé bluffant d’authenticité. A contrario du navrant Cinéman dont il sont les exacts antithèses, les films d’Hazanavicius ont toujours revisité l’histoire du cinéma avec malice et tendresse, n’utilisant jamais l’humour à mauvais escient là où d’autres s’en servaient pour camoufler un réel cynisme. Et si  de son dernier film transparait toujours une candeur désarmante, le temps n’est plus à la rigolade. Avis donc à ceux qui s’attendent à voir un ersatz d’OSS 117 en noir et blanc, passez votre chemin, cet artiste là a un petit air de Boulevard du Crépuscule, la noirceur en moins ! Ainsi, ce qui fait toute la beauté de The Artist pourrait aussi le desservir s’il n’avait eu pour lui son buzz cannois et ce prix d’interprétation – largement méritée – pour Jean Dujardin. Imaginez donc un film qui se passe de paroles et de couleurs et dont les seuls sons proviennent d’une musique certes superbe mais bien loin des orchestrations d’un Hans Zimmer. On en connaît que ça découragerait vite ! D’autant que le film mise avant tout sur son ambiance et son coté revival.

 

© Warner Bros Pictures

 

Autant le dire d’emblée : c’est avant tout la démarche qui rend The Artist aussi touchant qu’intéressant, et non son intrigue déjà vue et revue. A l’image du récent L’Illusionniste de Sylvain Chomet, The Artist dépeint les errements d’une icône déchue et son lent cheminement vers l’oubli. Pas de montage cut, d’effets superflus ou de cartons en trop, on reste ici dans une certaine austérité à laquelle le réalisateur parvient à donner une dimension divertissante via des acteurs habités et une direction artistique à tomber. Génial en simili Douglas Fairbanks, Jean Dujardin fait preuve d’un charisme monstre dans un rôle difficile et aux antipodes de ce qu’il a interprété jusqu’ici. D’une incroyable expressivité, il parvient à faire paraître un sacré spectre d’expressions à travers quelques mimiques, si bien qu’on se demande si le cinéma muet ne devrait pas être réinstauré rien que pour lui. A ses cotés, Bérénice Béjo, mimi comme jamais, illumine le métrage et nous envoute en un clin d’œil. En solo ou en tandem, ces deux là jouent avec leurs corps, le cadre, donnant lieu à quelques très beaux jeux scéniques.  De fait, en dépit de ces contraintes et d’une propension à tirer un peu trop sur la corde en termes de rythmes, le film parvient à toucher le public aussi bien, voire mieux, que tout autre beaucoup plus contemporain dans son approche. Mais pour cela il faut avant tout accepter d’être bousculé dans ses habitudes de spectateur et laisser sa subjectivité prendre le relais. Une fois l’invitation acceptée, The Artist promet un beau voyage ! Une belle déclaration d’amour au 7ème art.

 

Ilan Ferry

 

 

 

Contre : 2/5

 

L’équipe des OSS 117 rend hommage au cinéma muet des années 20 et le résultat est plutôt fade et prévisible.  

 

Le pari de Michel Hazanavicius était osé : faire un film totalement muet (ou presque) en 2011. Alors oui, il y a de l’audace d’aller jusqu’au bout de cette idée folle, oui l’emballage est joliment ficelé : casting à l’américaine, tournage à Hollywood même, costumes, maquillages, lumière, et esthétique du cinéma muet parfaitement reproduite. Mais lorsqu’on ouvre la boîte pour regarder ce qu’il s’y passe à l’intérieur, il n’y a pas de scénario hélas et c’est là qu’est l’os.  The Artist se donne des airs de comédie romantique et de comédie dramatique mais les rires sont quasiment inexistants, le drame pas assez poignant et la romance trop superficiellement traitée. Le résultat aboutit à un film qui se cherche. Trop ambitieux, The Artist est finalement naïf et simpliste et l’ennui s’installe inexorablement.

 

 

© Warner Bros Pictures

 

Pourtant le sujet de base (l’avènement du cinéma parlant plonge une star du muet dans l’oubli) était intéressant mais le film de Hazanavicius souffre de la comparaison avec Chantons Sous la Pluie qui avait traité ce thème avec bien plus de conviction et d’humour. Quant à Dujardin, bien qu’auréolé d’un prix d’interprétation à Cannes, il ne nous impressionne pas plus que ça. Certes il a du charme, de la classe, le dynamisme qu’il faut pour s’adapter aux codes du muet mais Dujardin fait du Dujardin et on retrouve dans sa composition certaines des mimiques de son Loulou télévisuel d’Un gars, une fille. On retiendra comme seul mérite à ce film d’échapper au formatage actuel d’un certain cinéma mais bien que la forme soit séduisante, il en fallait plus pour nous laisser sans voix. Dérangeant.

 

Raphael Borfiga

 

 

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