Ilan Ferry 11 - septembre - 2015 Dossiers

 

Oui on sait on a pris du retard mais vous savez comment c’est la reprise. Du coup pour ce deuxième compte-rendu on vous a compilé le meilleur et le pire du festival depuis dimanche dernier. C’est parti !

 

Jour 3 : Ils sont fous ces danois !

Lorsque je me suis aventuré au forum des images en ce beau dimanche de septembre, je ne m’attendais certainement pas à passer une après-midi placée sous le signe de la folie douce. Et on peut dire que ça a plutôt bien démarré avec le bigarré Men and Chicken. Sorte de variation consanguine de la comédie Jumeaux (mais si vous savez le film dans lequel Schwarzy retrouve son frangin Danny de Vito… comment ça j’ai des références de merde ?!), le film raconte l’histoire de deux frangins qui partent à la recherche de leur père biologique et font la connaissance d’une fratrie pas comme les autres. Si le film interpelle par sa galerie d’affreux, sales et méchants, son humour mordant et un sens de l’absurde absolument délectable, il vaut aussi et surtout pour la prestation de Mads Mikelsen absolument génial en frangin associable aux gouts… étranges ! Drôle et touchant, Men and Chicken est un réjouissant ovni ayant parfaitement sa place au sein de l’Étrange Festival. Il était temps ! Moins bizarre mais tout aussi politiquement incorrect, Klovn Forever est le deuxième film adapté d’une série danoise à succès mettant en scène deux amis qu’à priori tout oppose. L’un est exubérant et plein de charme, l’autre cérébral et coincé, et pourtant ces deux-là ne peuvent pas se passer l’un de l’autre. C’est cette amitié hors normes et propice aux gags les plus graveleux et jusqu’au-boutistes que Klovn Forever nous raconte. Si le résultat tourne un peu en rond, sa méchanceté et son nihilisme font plaisir à voir. Et alors qu’on pensait qu’on pensait que Moonwalkers et son flegme so british allaient offrir un peu de répit à nos zygomatiques, c’est tout le contraire qui se produit. Pour son premier long-métrage, le frenchie Antoine Bardou-Jacquet accouche d’une comédie pop et psychédélique dans lequel un agent de la CIA (Ron Perlman) est contraint de s’associer à un agent minable (Rupert Grint) pour réaliser un faux alunissage dans l’Angleterre de la fin des années 60. Si Ron Perlman manque quelque peu de charisme en agent de la CIA badass (malgré son énorme talent), le résultat s’avère suffisamment rafraichissant et drôle pour fédérer le plus grand nombre. D’où cette question aussi épineuse que logique : pourquoi ne pas l’avoir proposé en ouverture ?

 

Tous droits réservés

Tous droits réservés

 

 

Jour 4 : Mirage, mirage (air connu)

Ce jour-là on aurait adoré squatter le festival plus tôt ne serait-ce que pour voir l’intrigant Mirage qui s’annonçait comme LE thriller âpre et sec du festival. Mais voilà, malheureusement nous devions voguer vers d’autres rivages du coté de Westeros (et ouais on tease !). Mais revenons à nos étranges moutons. Malgré ce que son titre laisse sous-entendre Gangam Blues n’est pas un biopic consacré à l’insupportable musique qui aura battu tous les records sur Youtube, mais une saga criminelle au sens noble du terme dans lequel deux orphelins, chacun enrôlé dans une organisation mafieuse différente, vont se disputer le contrôle d’un quartier dans la Corée du début des années 70. Si nous n’avons malheureusement pas pu le voir, il semblerait que le film soit l’une des bonnes surprises du festival. A l’image du poétique Chasuke’s Journey qui marque le retour de l’infatigable Sabu. Deux ans après le pas très bon (voire franchement nul) Miss Zombie, le cinéaste nous revient avec une œuvre plus posée et moins superficielle. Un retour en grâce qu’il nous tarde de (re)voir. De quoi faire oublier l’anecdotique Nina Forever dont le pitch à base de zombie venant tourmenter son petit ami et sa nouvelle copine rappelle furieusement Burying the ex de Joe Dante et Life After Beth.

 

Tous droits réservés

Tous droits réservés

 

 

 

Jour 5 : Violence des échanges en milieu tempéré

Mardi fut un peu la journée de tous les dangers entre exclusivités décevantes et reprises galvanisantes. « Elle a fait quoi Karyn Kusama depuis Aeon Flux ? », c’est par cette question intrigante que nous démarrons la journée à quelques minutes de la projection de The Invitation, nouveau film de Karyn Kusama à qui l’on doit Girlfight mais aussi un Aeon Flux de sinistre mémoire. Son retour au cinéma indépendant, flirtant à priori avec le genre puisque sélectionné à l’Étrange, inaugurait du meilleur sinon d’un retour en grâce salutaire. Et pourtant, à l’image du héros, hipster barbu qui accepte l’invitation de son ex après deux ans de silence, on se rendra compte bien assez tot (enfin tard le concernant) qu’il y a des invitations qu’il ne vaut mieux pas accepter. Huis-clos extrêmement verbeux, The Invitation prend beaucoup trop son temps pour dévoiler des enjeux éventés depuis longtemps. Approximatif, le film brasse beaucoup de vent, Karyn Kusama prenant à priori beaucoup de plaisir à se regarder filmer à travers des effets de style superflus. Piètre thriller, le film fait mouche lorsqu’il aborde le thème du deuil et ce grâce à la prestation, troublant sosie de Tom Hardy, parfait en père endeuillé. Il insuffle un peu plus d’âme à ce thriller longuet et prétentieux qui partait toutefois d’une bonne idée. Sur le thème de l’endoctrinement, mieux vaut voir l’excellent The Sacrament de Ti West. Encore plus jusqu’au boutiste, le bien nommé Excess Flesh aura eu raison de la patience de nombre de festivaliers qui n’auront pas attendu le générique de fin pour partir, raflant ainsi la palme de pire film du festival après l’indécrottable Ludo. Mais l’évènement de la journée fut la projection de L’Aiguille, curiosité kazakhe de 1977 à mi chemin entre Jarmusch et Godard (rien que ça). Une véritable rareté issue d’un cinéma peu, voire inconnu dans nos contrées, le genre de bijou que seul un festival comme l’Étrange pouvait offrir. Et pour ceux qui n’ont pas eu l’occasion de le voir, pas de panique : le film sortira bientôt en DVD dans la collection 1kult de nos amis de Badlands. Autant vous dire que l’achat est obligatoire !

 

Tous droits réservés

Tous droits réservés

 

 

 

Jour 6 et 7 : Be kind, rewind

Le mercredi étant la journée des enfants, il était tout naturel que le festival rediffuse Cooties dont le pitch délirant à base de gamins zombies aura séduit les festivaliers. Pour le côté pédagogique on citera Extraordinary Tales et son impressionnant casting vocal (Roger Corman, Guillermo del Toro, Julian Sands, Christopher Lee) tandis que Klovn Forever et Dark Below auront soufflé un nouveau coup de froid au sens premier du terme. Vous l’aurez compris : le mercredi c’est reprise et pour avoir quelque chose d’un peu « nouveau » sous la dent, mieux valait se précipiter sur La Forteresse noire, le chef d’œuvre maudit de Michael Mann… pas de bol, la salle affichait déjà complet au petit matin ! Idem pour le jour suivant : à l’exception du démoniaque (c’est le cas de le dire !) Another, le reste de la journée était placée sous le signe de la redite… en attendant un week-end forcément étrange ?

 

Tous droits réservés

Tous droits réservés

 

 

Commentaires