Ilan Ferry 23 - septembre - 2015 Dossiers

 

Jours 2&3 : metalleux couillons et baby-sitter diabolique (à moins que ce ne soit l’inverse !)

 

Les festivals sont certainement les seuls endroits où vous pourrez voir des Midnight Movies (films de minuit) à… neuf heures du matin ! Ce fut le cas pour nous autres journaleux ce lundi matin avec la projection de l’imprononçable Deathgasm, ersatz néozelandais d’Evil Dead dans lequel un groupe de hard-rock réveille malencontreusement des démons. Bourré de défauts, parfois trop opportuniste dans sa propension à verser dans le fan service pour metalleux amateurs de gore qui tâche,  Deathgasm a toutefois le mérite de ne jamais se prendre au sérieux et d’être généreux sans avoir l’air kitsch malgré une économie de moyens évident. Un pur produit de vidéo-club, aussi sympathique que superficiel, à voir entre potes en écoutant du Alice Cooper ! L’après-midi a démarré sur les chapeaux de roue avec l’excellent Tag de Sono Sion. Fourmillant d’idées tour à tour folles et poétiques, Tag embarque le spectateur dans une course effrénée à la fois burlesque et dérangeante confirmant par là même tout le bien que l’on pensait déjà de Sono Sion depuis l’apocalyptique Why don’t you play in hell. Avec Tag, ce stakhanoviste du cinéma réussit un nouveau tour de force et confirme son statut d’auteur à part aussi dingue que talentueux qui, contrairement à un certain Takashi Miike, ne faiblit jamais malgré un rythme de production absolument hallucinant. Sono Sion, on t’aime ! Aux antipodes de la frénésie de Tag, le très sérieux mais néanmoins réussi They Look like people, mise pour sa part sur la suggestion. Amis de longue date Christian et Wyatt se retrouvent – peut-être pas totalement par hasard- à New York après ce qui semble être une longue période d’absence. Alors que Christian tente de se reconstruire socialement et sentimentalement, Wyatt, lui semble plus désemparé. Il faut dire que depuis quelques temps Wyatt reçoit d’étranges coups de fil de voix lui affirmant que toutes les personnes qui l’entourent sont des créatures maléfiques. Wyatt perdrait-il la boule ou est-il le dernier recours de l’humanité ? Si ambiguïté est rapidement levée, le regard que porte le film sur ces deux hommes luttant contre leurs démons et cette indéfectible amitié qui les anime autant qu’elle les handicape est très intéressant. Malgré quelques longueurs, They look like people interpelle par son approche très intimiste et instille un doux malaise jusqu’au final saisissant d’intensité. Si on aurait aimé que le film reste aussi tendu que dans sa dernière partie, il demeure toutefois d’une belle maîtrise et révèle un formidable duo d’acteurs. Après libre à vous d’aller voir Deux amis de Louis Garrel à la place on ne vous jugera pas, quoique….

 

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Plus léger, Applesauce repeint la comédie couleur rouge sang en déroulant les incroyables conséquences d’un jeu de confession. Illustration tragicomique de la sacro-sainte loi de Murphy, le film fait souvent mouche par ses dialogues ciselés et une certaine prédisposition pour «  l’épouvantablement drôle ». Seulement voilà : aussi bien écrit et pétrit de bonnes intentions soit-il, Applesauce s’évertue beaucoup trop à chasser sur les terres de Woody Allen et Seinfeld dont il serait l’ersatz gore.  A trop vouloir se démarquer en jouant la carte de la comédie noire, le film d’Onur Tukel en deviendrait presque interchangeable avec les modèles dont il se réclame. Mardi pluvieux, mardi heureux ? Pas tant que ça dans le cadre du festival. Car si la journée a commencé sur les chapeaux de roue, elle a continuée sur une note beaucoup moins joyeuse avec la projection d’Emelie, thriller dans lequel trois enfants sont confrontés à une baby-sitter psychopathe. Aussi anodin sur le fond que sur la forme, le film ne tente jamais de transcender son sujet préférant jouer la carte de la provoc’ de manière totalement artificielle sinon comique (« hey les enfants si je vous montrais une sex-tape de vos parents »). Plus soporifique qu’anxiogène, Emelie enfonce le clou lors d’une dernière partie totalement ratée et approximative. Clairement LA grosse erreur de casting du festival. Moins raté du moins dans sa première partie, Scherzo Diabolico démarre fort en déroulant la lente mise en place d’un plan diabolique avant de s’envenimer totalement lors d’une seconde moitié grand-guignolesque et ridicule tranchant totalement avec l’aridité du début et sa mise en scène particulièrement travaillée. Ce qui démarrait comme un thriller sombre et implacable vire au revenge movie Z absolument grotesque. Une sortie de route d’autant plus inexcusable que le réalisateur s’était fait remarquer avec le fauché mais efficace Late Phases présenté l’année dernière à ce même festival.

 

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Horreur, malheur, la journée allait-elle se terminer sur une note aussi amère ? Non, si l’on en croit les festivaliers séduits par la poésie de Crumbs, OFNI post-apocalyptique aussi beau qu’inclassable. Les amateurs de sensations plus « fortes » se sont réunis à minuit pour la projection d’Ava’s Possessions. Intéressante excroissance du film de possessions, le film se démarque par son approche plutôt originale d’un sous genre très redondant.  Jugez plutôt : tout juste exorcisée, Ava est sommée de suivre une thérapie auprès d’un groupe de Possédés Anonymes. Ne se souvenant absolument plus de ce qu’elle a fait lorsqu’elle était possédée, elle va devoir mener l’enquête pour combler les trous et ira de surprises en surprises. Une excellente idée prompte à insuffler au genre un second degré salutaire. Sauf qu’à trop hésiter entre comédie noire flirtant avec la parodie et thriller ésotérique, le film peine à se trouver un ton propre, naviguant beaucoup entre deux versants antinomiques et finalement peu compatibles.  Schizophrène mais pêchu et fort bien exécuté, Ava’s Possessions reste une bonne série B boostée par une réalisation efficace et quelques très bonnes idées . S’il avait davantage sa place en compétition officielle que dans la section Midnight Movies, on ne boudera pas notre plaisir de l’avoir vu à minuit en compagnie d’un public forcément en transe !

 

 

Tableau de notes fantastiques

Deathgasm : 2,5/5 (3/5 à minuit !)

Tag : 4/5

They look like people : 3,5/5

Applesauce : 3/5

Emelie : 1,5/5

Scherzo Diabolico : 2/5

Ava’s Possessions : 3/5

 

Merci à Lucie Mottier et Jean-François Gaye de Dark Star

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