Ilan Ferry 19 - septembre - 2014 Dossiers

Les jours passent et le festival ne cesse de nous étonner à travers une programmation tantôt très enthousiasmante, tantôt décevante. On fait le tri !

 

Jours 5&6 : Tenue de soirée exigée

Souvenez-vous : lors d’une séquence clé de Demain ne meurt jamais, le bad guy Jonathan Pryce se lamente que « l’Allemagne n’a plus l’efficacité d’antan », une punchline d’un mauvais gout certain mais qu’on pourrait tout aussi bien attribuer au cinéma de genre d’Outre Rhin. C’est ainsi que la journée de mercredi s’est ouverte sur une note un peu atone avec la projection de Der Samurai dans lequel un timide policier se lance à la poursuite d’un travesti armé d’un katana (!!!) semant le chaos sur son passage. S’engagent entre les deux « hommes » un jeu du chat et de la souris vicieux dont aucun ne sortira indemne. Difficile d’en dire plus sans dévoiler les tenants et aboutissants de cet OFNI faisant beaucoup de chichi pour pas grand-chose. A ne jamais totalement assumer le ton ou le genre dans lequel il s’inscrit, le film de Till Kleinert en devient insupportable de vacuité. Le résultat, finalement assez vain, a pour lui quelques bonnes idées de mise en scène mais se noie tellement dans ses références allant de Lynch à Fincher qu’il finit par être totalement d’identité propre. Un vrai paradoxe au regard de ce que le long métrage tente de nous raconter. Quatre-vingt minutes plus tard, le numéro de séduction opéré par ce samouraï blond aux cheveux sales n’ayant pas porté ses fruits, l’heure est à l’introspection ou plutôt au travail avant les projections de l’après-midi. Alors que certains sont allés se frotter au savoir-faire coréen avec le classique mais réjouissant A Hard Day d’autres sont allés réviser leurs classiques devant Le Chat Noir présenté dans le cadre de la retrospective « Sympathy for the Devil ». Dans cette adaptation très libre d’Edgar Allan Poe, Bela Lugosi et Boris Karloff s’affrontent pour les beaux yeux d’une belle damoiselle en lune de miel avec son romancier de mari. Si le film a pas mal vieilli (il date de 1934 quand même) il a toutefois le mérite de prouver par l’image que Boris « Frankenstein » Karloff demeure un bien meilleur comédien que Bela « Dracula » Lugosi n’en déplaise à Tim Burton ! Une très grosse pause et un copieux diner plus tard direction la séance de minuit avec l’inénarrable et très attendu Zombeavers. On ne vous fera pas l’affront de vous raconter l’histoire (tout est dans le titre), sachez juste que cette série à la limite du Z est un réjouissant hommage à Evil Dead et Cabin Fever avec… des castors ! Soit la quintessence même du film de minuit, cette espèce de pelloche totalement folle et improbable à déguster uniquement en présence d’un public forcément réceptif et électrique. Mission accomplie donc pour Zombeavers qui aura séduit non seulement par son concept à la débilité totalement assumée mais surtout par sa propension à le pousser dans ses derniers retranchements malgré un budget qu’on imagine ridiculement petit. Généreux et volontairement crétin. Et si la relève de Troma était arrivée ?

 

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Jeudi, les festivaliers auront eu confirmation que la vie de couple n’est pas une sinécure avec la projection de l’efficace Honeymoon dans lequel la mimi Rose Leslie (la sauvageonne préférée de Jon Snow dans Game of Thrones) et le charismatique Harry Treadway (Hideaways) incarnent un couple fraichement marié parti s’isoler dans une cabane perdue pour leur lune de miel et rapidement confronté à d’étranges forces. Bien troussé et mesurant ses effets pour mieux se focaliser sur une ambiance de plus en plus pesante, le film fonctionne en grande partie grâce à l’empathie suscité par son couple vedette mais aussi par son approche à la fois intimiste et angoissante.  Certainement l’un des meilleurs films de la compétition. Juste après, l’auteur de ces lignes se précipite à la projection en avant-première de la mini-série intrusion. Réalisé par Xavier Palud, Intrusion suit la descente aux enfers d’un célèbre pianiste (Jonathan Zaccai) qui, suite à un malaise, se retrouve dans la peau de son frère jumeau. Petit problème : ce dernier est mort trente ans plus tôt dans un accident de voiture ! Démence ou complot ? Impossible de savoir puisque seuls les deux premiers épisodes (sur un total de trois) ont été projetés. Tout juste peut-on dire que les deux tiers visionnés sont pleines de promesses au point qu’il nous tarde de voir la suite sur Arte en 2015. Ça change de Plus belle la vie !

 

Arte

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Sur une note beaucoup moins angoissante, le bien nommé Refroidis est venu nous rappeler que le polar scandinave n’a rien perdu de sa verve. Preuve en est avec ce vigilante pas comme les autres dans lequel un père de famille va s’attaquer aux dealers ayant tué son fils. Une sorte de clone déglingué d’Un Justicier dans la ville dopé par un humour noir et mordant où répliques cinglantes et cadavres s’enchainent à une vitesse métronomique. Plus comédie très sombre que polar violent, Refroidis est une variation réjouissante et caustique autour du thème archi rabattu de l’infernal cycle de la violence. Frais dans tous les sens du terme ! 22h, heure du crime mais aussi moment de découvrir Starry Eyes, dixième film de la compétition. On y suit le parcours chaotique de la très belle Sarah Walker (Alexandra Essoe, troublant sosie de Jessica Harper), aspirante actrice, las des humiliations quotidiennes et prête à tout pour décrocher le rôle de sa vie quitte à se plier aux desiderata de plus en plus déviants d’une équipe de film. Largement influencé par le cinéma horrifique des années 70/80 dont il reprend malicieusement tous les codes (de la musique électronique au générique à la typo très marquée), Starry Eyes est une excellente fable morale sur l’ambition et la façon dont le star system broie littéralement l’être humain sous le poids de ses conventions. Une plongée cauchemardesque dans une cité des anges à l’appellation bien mensongère servie par une mise en scène ultra léchée et une actrice principale incroyable. Quelque part entre  David Lynch,  John Carpenter et Ti West, le film du duo Kevin Kolsch/Dennis Widmyer est un objet étrange et fascinant qui assène son propos de manière efficace et jamais lourdingue, esquivant avec une rare habileté les pièges inhérents à un tel sujet. Un vrai coup de cœur !

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Enfin, les amateurs de délire vintage étaient tous conviés à enfiler les pattes d’eph pour voir le rigolo Discopath, slasher en mode boule à facettes parfois inégal mais valant surtout le coup d’œil pour sa reconstitution bluffante des 70’s. On est old school ou ne l’est pas !

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