Ilan Ferry 22 - septembre - 2015 Dossiers

 

Strasbourg Jour 1,euh… 2 !

Certains festivals sont plus atypiques que d’autres. Prenez le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg. Bien établi depuis maintenant huit ans, il a su faire son petit bonhomme de chemin au point de drainer des noms aussi prestigieux que George A. Romero, Roger Corman ou encore Lucky McKee. De quoi mettre à l’amende pas mal de ces contemporains chassant sur les mêmes terres. Cette année pourtant est particulière tant par ses invités (Enzo Castellari, Joe Dante… excusez du peu)  que par son thème : Kids in the Dark. Un parfum vintage souffle sur la ville et ce n’est pas pour nous déplaire. Après un départ retardé par un problème technique, me voilà enfin arrivé à Strasbourg. Tout juste le temps de poser ses guêtres qu’il faut déjà se diriger vers le cinéma St Exupery pour assister à la master class de Joe Dante, le papa des Gremlins, animé par Jean-Baptiste Thoret. Soudain, les problèmes techniques du train me paraissent moins obscurs. Dante, le magnifique serait-il pourchassé par ses monstrueuses progénitures ? Les premières minutes de la master class démarrant par un extrait judicieusement choisi du méconnu The Second Civil War montrant les conséquences médiatiques autour de la décision d’un député americain de fermer ses frontières aux immigrés viennent nous rappeler comme un terrible écho à l’actualité récente que Joe Dante n’est pas que le géniteur de méchantes bêbêtes au fort pouvoir de nuisance . Poil à gratter du nouvel Hollywood, éminence sombre de l’école Spielberg, il est aussi l’un de ses artisans les plus politisés et subversifs. Subversion, voilà un terme qui sied fort bien au plus facétieux des entertainers et qui a servi de fil rouge à cette passionnante mais bien trop courte leçon de cinéma. Deux heures qui auront révélées un homme généreux, drôle et surtout porté par un amour inconditionnel du cinéma. Mais ça on n’en doutait pas une seule seconde !

Photo by Suzanne Tenner

Photo by Suzanne Tenner

 

Passé l’inévitable séance de dédicaces, place à la projection en première exclusivité de son dernier bébé : Burying The Ex. En introduction, le maestro nous préviens : « Ne vous attendez pas à du grand Joe Dante, c’est un petit film qu’on a tourné en très peu de temps avec un micro budget», Ok Joe, on essaiera de ne pas être trop dur avec toi sur ce coup-là ! 90 minutes plus tard, le couperet tombe : si Burying the Ex n’est effectivement pas son meilleur film, il n’en demeure pas moins extrêmement sympathique et péchu, la personnalité du cinéaste transparaissant au travers de multiples clins d’œil (parfois trop ostentatoires) et un humour décapant. Avec cette romcom forcément hors normes, Dante réalise un film beaucoup moins politisé qu’à l’accoutumée mais correctement exécuté et nanti d’une composante essentielle à son cinéma : le cœur. Une façon pour lui de nous démontrer que si Hollywood l’a oublié, son envie de faire des films reste toujours intacte au même titre  que son énergie et de sa gouaille. A l’image d’un certain John Landis, il demeure l’un des derniers grands représentants d’une génération d’artisans injustement oubliée par une industrie qui lui doit quand même beaucoup.

Tous droits reservés

Tous droits reservés

 

Une fois mes marques prises (bisous à la coloc de collègues !), il est temps d’aller voir le deuxième film de la journée : Der Bunker ! Malgré ce que son titre laisserait sous-entendr  e, Der Bunker n’est pas un film sur les derniers jours d’Hitler ou une énième pelloche grindhouse dans lequel des tatoués armés jusqu’aux dents affrontent des nazis zombis. En fait, rien dans Der Bunker ne fait référence au troisième Reich pas même la rigueur militaire d’un père de famille bien décidé à donner à son étrange fiston l’éducation nécessaire pour devenir Président. Dans cet OFNI teuton, aussi bizarre que drôle, un mathématicien loue une chambre dans un bunker aménagé par une étrange famille semblant obéir aux ordres d’une entité. Pince sans rire, Der Bunker est une drôle d’expérience, une œuvre indéfinissable aussi déconcertante que fascinante traversée par de réels moments d’humour.

 

 

Merci à Lucie Mottier et Jean-François Gaye de Dark Star

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