Ilan Ferry 23 - septembre - 2014 Dossiers

This is the end… mais le festival n’a pas encore dit ses derniers mots. Dernier compte rendu d’une semaine qui s’est achevée en beauté !

Jours 7 à 9 : A pour Alléluia

 

Deux jours avant la fin des hostilités, le FEFFS a continué de proposer à ses festivaliers un programme riche en surprises. C’est ainsi que la journée de vendredi s’est ouverte sous les meilleurs auspices avec la projection presse d’Alléluia, nouveau film de Fabrice du Welz quelques mois à peine après le malade mais néanmoins intéressant Colt 45. Tiré de l’histoire vraie des tueurs en série Raymond Fernandez et Martha Beck (dont Leonard Kastle s’était déjà inspiré en 1970 avec son fameux Les Tueurs de la lune de miel), le film de Du Welz suit donc le parcours meurtrier de Gloria et Michel, amants maudits et sanguinaires se faisant passer pour une fratrie afin que Michel puisse séduire de riches femmes esseulées. Si l’histoire est quasiment connue de tous, le réalisateur de Calvaire parvient à la transcender en y insufflant un humour très noir. D’où un malaise diffus qui ne cessera de tarauder le spectateur jusqu’au très beau générique final. Un véritable OFNI dont le seul reproche serait d’être un peu trop taillé sur mesure pour Du Welz qui applique ici à peu de choses près la même formule que sur le génial Calvaire à savoir un savant mélange de comédie et d’horreur le tout ancré dans un quotidien aussi terrifiant et anxiogène que ses protagonistes. L’expérience du cinéaste sur le schizophrène Colt 45 n’ayant à priori pas été très heureuse, difficile de lui reprocher de retourner ici dans ce qu’on pourrait appeler une « zone de confort » surtout quand c’est fait avec talent. Une œuvre donc formellement réussie à défaut d’être réellement surprenante. Après avoir fait un petit travail de révision avec la reprise de Massacre à la Tronçonneuse 2 (projeté en 35mm mais en VF), direction la Hongrie et ses chiens savants avec White God. Vrai/fausse variation canine de La Planète des Singes, le film de Kornel Mondruczko raconte avec une sobriété et un sens de l’allégorie étonnant comment une espèce en vient à semer une à une les germes de sa propre éradication. Un thème d’autant plus fort qu’il présente de réelles résonances avec l’Histoire. Film de genre très intimiste, White God interpelle surtout par sa dernière partie, morceau de bravoure purement dantesque et vrai morceau de cinéma qui voit la ville de Budapest envahie par pas moins de 250 ( !) chiens. Il en résulte une œuvre légèrement surestimée mais néanmoins très prégnante. En fin d’après midi, les festivaliers ont pu se reposer devant le ronflant The Pool et ses deux familles de campeurs sous influences maléfiques. Pas vu, pas pris mais les échos n’ont pas été vraiment positives, les multiples détracteurs du film lui reprochant sa profonde banalité et une réalisation aux fraises. On passe notre tour pour se refaire un petit coup de frayeur devant L’Exorciste (version 1973 s’il vous plait) présenté dans la rétrospective «  Sympathy for The Devil ». Et le moins que l’on puisse dire c’est que découvrir que le chef d’œuvre matriciel de William Friedkin amasse toujours autant les spectateurs, ces derniers dussent-ils être de jeunes ados gloussant plus d’une fois devant les numéros d’acrobatie de la jeune Regan. Et malgré cela, le choc reste entier aussi bien pour les jeunes générations découvrant le film pour la 1ere fois que pour les vieux briscards pourtant bien prévenus. De quoi se mettre en condition avant la projection d’ABC of Death 2, dernier Midnight Movie projeté dans le cadre du festival. Un adieu sur les chapeaux de roue puisque ce film à sketchs d’un genre très particulier (26 sketchs comme autant de lettres de l’alphabet) se révèle, o surprise, bien moins inégal que son prédécesseur malgré un concept hautement casse gueule. Si certains segments sont clairement mauvais (X comme Xylophone du duo Bustillo/Maury) d’autres se révèlent bien plus réussis (A comme Amateur, S comme Séparés) certains allant même jusqu’à explorer le terrain géopolitique. Ce qui n’aura pas empêché certain(e)s collègues de piquer du nez pendant les ¾ du spectacle. Personne n’est parfait !

 

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Dernière ligne droite et jour de relâche pour certains en ce samedi 20 septembre qui aura surtout été marqué bien entendu par la cérémonie de clôture. Ainsi après une journée à flâner gentiment, direction le cinéma Vox pour une clôture placée sous le signe de la bonne humeur avec une hôte naviguant entre vannes bien senties et moments un peu embarrassants. Peu importe au final puisqu’on retiendra surtout que cette année le festival a battu son record de fréquentation et que la huitième édition devrait réserver bien des surprises. Et c’est tant mieux tant le FEEFS aura su au cours des années se construire une belle et méritée réputation de nouvelle référence en matière d’épicentre du bizarre. Et c’est ainsi qu’au terme de ces 90 minutes rondement menées fut projeté le DERNIER film du festival : le trop bien nommé Predestination. Adapté de la nouvelle All You Zombies de Robert Heinlein, ce 3eme long métrage des frères Spierig  après l’efficace Daybreakers, met Ethan Hawke dans la peau d’un agent temporel remontant le temps à la poursuite d’un serial bomber. Difficile d’en raconter plus sans effleurer l’aura de mystère sur lequel Predestination se repose un peu trop. Tout juste pourra-t-on dire que si la mise en scène des frères Spierig a clairement atteint un niveau supérieur (visuellement, le film a de la gueule !) ce n’est absolument pas le même son de cloche au niveau narratif. Passé un trop long flash back occupant inutilement une bonne partie du métrage, le film finit par se prendre les pieds dans un nombre de twists plus invraisemblables les uns que les autres afin de justifier péniblement son titre. Beaucoup moins intelligent qu’il ne prétend l’être, Predestination finit par être ridicule amenuisant ainsi fortement l’impact de son propos sur le caractère immuable des événements. Dommage car traité avec un peu plus de subtilité, le film des frères Spierig aurait pu se révéler être une très belle fable existentielle. Une grosse fiesta et une petite nuit de sommeil plus tard il est déjà temps de rentrer sur Paris, la tête remplies de films bizarres tantôt réussis, tantôt ratées, de soirées forcément un peu autres (les Midnight Movies, la nuit Cannon Testostérone) et autres savoureux moments. A une prochaine Strasbourg, puisse tu une fois de plus nous faire frissonner en 2015 !

 

 

 

Palmarès

 

Longs métrages

 

Octopus d’OrWhite God de Kornél Mundruczó

 

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Méliès d’ArgentAmours Cannibales de Manuel Martin Cuenca

 

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Mention Spéciale du Jury Alleluia de Fabrice du Welz

 

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Prix du PublicHousebound de Gerard Johnstone

 

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Courts-Métrages

 

Octopus d’OrThe Landing de Josh Tanner

Méliès d’Argent Robotics de Jasper Bazuin

Prix du Jury dans la catégorie AnimationImposteur de Elie Chapuis

Prix du Jury dans la catégorie Made in FranceShadow de Lorenzo Recio

Mention Spéciale du JuryCeremony for a Friend de Kaveh Ebrahimpour

Mention Spéciale dans la catégorie AnimationLa Bête de Vladimir Mavounia-Kouka

Prix du Jury JeuneCeremony for a Friend de Kaveh Ebrahimpour

Prix du PublicRobotics de Jasper Bazuin

 

 

Merci à Lucie Mottier de Dark Star Presse, Daniel Cohen, Nathalie Flesch ainsi qu’à tous les bénévoles du festival.

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