Ilan Ferry 15 - avril - 2019 Best of, Critiques, TV


Ça y est : après un battage médiatique sans précédent, la huitième et ultime saison de Game of Thrones arrive ENFIN avec un premier épisode qui suscite autant d’excitation que de frustration. Débrief en mode full spoilers !

 

1 milliard… c’est le nombre de spectateurs au niveau mondial qui, dans la nuit de dimanche à lundi, auront regardé le premier épisode de l’ultime saison de Game of Thrones. Un chiffre vertigineux à l’image de l’incroyable campagne mise en place par HBO pour marquer cet événement sans précédent. Il faut dire que pour l’occasion, la network a mis les petits plats dans les grands, et si le format exceptionnellement court de cette saison (six épisodes pour clore des arcs narratifs développés sur sept saisons), les showrunners ont promis une conclusion épique avec des épisodes dont la durée oscillera entre soixante et quatre-vingt minutes (soit un épisode et demi) ainsi qu’une fin douce-amère qui à coup sur fera verser des hectolitres de larmes aux spectateurs du monde entier… avant un binge-watching intensif des saisons précédentes ! Non, avec le replay à gogo, un spin-off qui se profile et deux derniers tomes qui tardent à se faire attendre, Le Trône de Fer est loin d’avoir dit son dernier mot. Mais quid alors de ce premier épisode marquant « le début de la fin » pour les Stark, Lannister, Targaryen et autres familles convoitant le plus célèbre des trônes ? Après un visionnage à trois heures du mat à grands renforts de RedBull, le verdict est…mitigé ! Pourfendeurs de spoilers, merci d’arrêter ici la lecture.

 © 2019 Home Box Office, Inc. All Rights Reserved. Hbo ® And All Related Programs Are The Property Of Home Box Office, Inc.

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« Tout ça pour ça… », voilà ce que vous risquez ou avez certainement déjà dû lire pour résumer le premier épisode de la saison 8. Une frustration en partie justifiée tant cet épisode semble retomber dans les travers d’une saison 5 qui jouait la montre pour finalement ne pas raconter grand chose. De retour à Winterfell en compagnie de Daenerys, Jon Snow doit composer avec des alliés mécontents de l’avoir vu renoncer à sa couronne de roi du Nord, une Sansa très méfiante vis-à-vis de Daenerys et tout ça avant que LA révélation sur ses origines vienne le bouleverser totalement. Parallèlement, Cersei, avance ses pions, plus rancunière que jamais tandis que les sauvageons font une terrifiante et macabre découverte. Et à part ça ? Pas grand chose à raconter sur les plaines enneigées du Nord… ah si Jon Snow chevauche un dragon en compagnie de sa dulcinée/tante (non ce n’est pas un épisode de Bienvenu chez les Chti’s !) et Jamie croise le regard de Brann… avant l’arrivée du générique de fin. Oui pour ce premier épisode, nous avons clairement l’impression que la série brasse du vent, gagne du temps avant – on l’espère- de nous clouer sur place avec des séquences toutes plus impressionnantes les unes que les autres. A vu de nez on peut aisément penser que la phase « calme avant la tempête » durera encore un épisode avant de s’emballer avec les quatre prochains qui afficheront une durée avoisinant les quatre-vingt minutes. Mais si en soi ce premier épisode déçoit par son manque d’emballement narratif, il n’en demeure pas moins intéressant d’un point de vue purement dramaturgique. Et de point de vue il en est particulièrement question ici puisqu’il adopte ici principalement celui de Jon Snow. Souvenez-vous : dans la première saison, l’héritier naturel du Trône (qui ne connaissait pas encore sa véritable identité) quittait sa famille, les Stark, pour rejoindre la Garde de Nuit. Ce sera la dernière fois qu’il croisera Arya, Sansa, Bran. S’il a retrouvé Sansa dans la saison 6, ce premier épisode de la saison 8 marque ses premières retrouvailles avec Arya et Bran (qu’il a failli croiser dans l’épisode 9 de la saison 3). Des retrouvailles forcément émouvantes en particulier celle entre Jon et Arya. S’il a quitté ses « frères et sœurs » encore innocents, il les retrouve ici inlassablement marqués tant sur le plan psychologique que physique par la guerre. S’il y a bien une chose que cet épisode en forme de réunion de famille veut nous faire comprendre par d’habiles jeux de miroirs avec la première saison c’est que rien ne sera plus jamais comme avant et que la notion même de famille a définitivement explosée au gré des cheminements de chacun.  
 

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On y comprend aussi que la paix est ici précaire, destinée à voler en éclats après l’ultime affrontement avec les Marcheurs Blancs. Dans les faits, il ne se passe donc pas grand chose mais ce qui gronde aussi bien au-delà du Mur que dans le cœur des protagonistes laisse augurer une guerre intime peut-être tout aussi destructrice que celle qui se prépare. C’est un peu ça la mécanique Game of Thrones : des moments d’accalmie pleins d’atermoiements et de révélations précédant des tempêtes de feu et de sang à la puissance dévastatrice. Une recette qui fonctionne à merveille, la série sachant suffisamment bien souffler le chaud et le froid pour provoquer une addiction à faire palir de jalousie les plus accrocs des junkies ! Seulement voilà : pour son baroud d’honneur, on aurait aimé que le show se mette un peu plus en danger, enclenche la seconde voire la troisième pour nous offrir un spectacle dantesque à la hauteur de l’attente suscitée. Qu’en définitive cette saison s’impose davantage comme un très long épisode divisé en six chapitres que comme un épisode intermédiaire de plus, jouant la montre avant le bouquet final.Difficile de se dire qu’avec tout ce qui se joue lors de cette saison, cette dernière se paie encore le luxe de faire dans la logorrhée verbale au détriment de l’action. L’enjeu est maintenant de découvrir comment la série va faire pour boucler tous ses arcs en seulement cinq épisodes : va-t-elle privilégier le spectaculaire au détriment du narratif ? Jouer de nouveau la montre pour palier un manque flagrant d’idées dû à une construction parfois trop hasardeuse ? On croise les doigts pour que les showrunners n’aient pas été affecté du syndrome « saison de trop » en bouclant ses enjeux à la hâte et qu’à l’image de cet épisode ils ne capitalisent pas uniquement sur notre attachement aux personnages, car c’est bien là tout le paradoxe de cet épisode : si le plaisir de voir les Stark ENFIN réunis et bien là, charriant son lot d’émotions (on le répète les retrouvailles très sobres entre Jon et Arya sont déchirants), perdure toutefois une impression étrange, celle de se retrouver confiné dans une espèce de bulle temporelle qui préfère tourner en boucle au lieu d’aller de l’avant. Mais c’est aussi ça qui fait le sel de Game of Thrones : ce mélange de frustration au long cours et de plaisir instantané. Et si on aimerait que ce paradigme s’inverse par moments, on reste toujours aussi fans. Paradoxe quand tu nous tiens !

 

La bonne vibe : LE retour de Game of Thrones après deux ans d’attente
 
La mauvaise vibe : ça parle beaucoup quand même
 
Verdict : soufflant le chaud et le froid (normal en même temps vu le titre de l’œuvre originale de G.R.R. Martin) ce 1er épisode avance lentement mais sûrement vers une fin qu’on espère aussi dantesque que déchirante !

 

 

Game of Thrones, saison 8 : à partir du 15 avril en US+24 sur OCS Choc. Saisons 1 à 7 disponibles en replay sur OCS Go.

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