Ilan Ferry 1 - novembre - 2013 Best of

 
Si les masques d’Halloween vous manquent déjà, Cinevibe a LA solution : le très beau Nos héros sont morts ce soir. Et qui mieux pour en parler que son réalisateur David Perrault. Seconde et dernière partie de notre entrevue avec un auteur aussi passionnant que passionné.

 

Définirais tu ce film comme une extension de cette passion que tu as pu transmettre via le site dvdclassik.com  dont tu es le co-fondateur ?
Ma cinéphilie je me la suis forgé tout seul, je suis fasciné par l’histoire du cinéma et la manière dont les formes circulent entre elles : le réalisme poétique français a influencé le film noir américain qui a lui même influencé Melville dont Tarantino s’inspire plus tard. C’est un cinéma de passionnés. Les idées traversent le temps et je me sens totalement dans cette démarche. En m’inscrivant quelque part là dedans j’espère donner envie à des spectateurs de découvrir d’autres films. Je suis venu au cinéma classique car plus jeune j’aimais De Palma et Scorcese qui parlaient dans leurs films du cinéma des années 40. C’est une démocratisation du cinéma.

 

 

Le numérique c’était un choix ?
Comme je fais beaucoup de prises je ne voulais pas être limité par la pellicule et que ça se ressente au niveau du travail avec les comédiens. On a tourné avec une caméra qui nous a donné énormément de possibilités en post production. Lors de l’étalonnage, on s’est beaucoup posé la question du grain. Au départ, je voulais ajouter du grain puis j’ai repensé à ma note d’intention à savoir que je ne voulais pas faire du pastiche car il s’agit avant tout d’une rêverie autour des années 60. Les références sont classiques mais la forme est moderne dans sa texture. A l’inverse, on a donc décidé d’aller vers une image très chromée pour renforcer l’impression de rêve éveillé.  Le film fait écho à un cinéma passé mais tout ce qu’il invoque est très moderne.

 

© UFO Distribution

© UFO Distribution

 

Sais tu si le film sortira en Blu-ray ?
J’espère bien. On ne sait pas encore qui l’éditera. Le film le mérite car il est très visuel. En tant que cinéphile j’ai une grosse collection et j’aimerais bien que mon film en fasse partie (rires).

 

Le film traverse les festivals de toutes sortes, comment analyse tu ça ?
Je suis très content car ça renforce le coté « universel » du film. La machine à fantasmes autour du cinéma français est encore très forte.  Je suis le premier surpris à le voir sélectionné à des festivals de films fantastiques, d’auteurs, d’Histoire, de sports… Et ça me réjouit car ça montre que le film n’est pas indigeste même s’il traverses plein de choses comme le polar, le fantastique, le drame…

 

 Ta fascination pour les masques vient du cinéma ?
C’est difficile de faire la distinction entre ce qui a été crée par le cinéma et le préexistant. Je me suis rendu compte que les premiers films m’ayant marqué adolescent mettaient en scène des masques. Mes premiers chocs de cinéma restent Halloween de John Carpenter, Phantom of the Paradise, les yeux sans visage ou encore Eyes Wide Shut un peu plus tard. C’est étrange car bien sur le coté graphique me fascine totalement mais ça fait aussi écho chez moi à des thèmes comme la quête d’identité, le mystère que véhiculent les masques. Je trouve ça très fort visuellement et en termes de pouvoir d’évocation. Récemment, la scène de Drive dans laquelle Ryan Gosling enfile un masque  et arrive derrière une porte au ralenti m’a mis en transe. Alors oui ça peut paraître gratuit dis comme ça mais c’est justement ce qui m’intéresse au cinéma : ces moments « gratuits » où on ressent des émotions esthétiques sans savoir pourquoi ça nous touche. Holy Motors joue aussi beaucoup avec les masques.

 

© UFO Distribution

© UFO Distribution

 

Des projets ?
Oui, je travaille sur un western sur des colons français qui arrivent en Louisiane. Tous les hommes se font tuer et seules les femmes survivent. Ce sera un western féminin parlé en français. Je reste dans cette idée de traiter une mythologie qui n’a jamais été traité car je me suis rendu compte qu’il n’y a jamais eu de films sur ce sujet. Ce sera très différent de Nos héros… qui était très dialogué, celui-ci sera quasi mystique avec des rites vaudous !

 

Entretien réalisé lors en septembre 2013 lors du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg.

 

Merci à Lucie Mottier de Dark Star Presse.

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