Ilan Ferry 27 - novembre - 2014 Best of

 

A l’occasion de la sortie en salles de son miraculeux Alleluia (critique à venir), Fabrice Du Welz nous a accordé un long entretien. Dans cette seconde partie, le cinéaste revient plus longuement sur le tournage d’Alleluia et l’éprouvante expérience que fût Colt 45.

 

Que réponds-tu aux gens qui estiment qu’avec Alleluia tu retournes dans ta zone de confort ?

Si tu fais référence à Calvaire, je te dirais que les deux films n’ont rien à voir hormis la présence de Laurent Lucas. On peut dire qu’ils sont cousins. Alleluia est tout sauf une zone de confort. C’ était un film terriblement difficile à faire où tu traques des psychologies difficiles, il fallait rendre juste cette histoire d’amour. Je vois un terrain heureux mais j’en avais besoin.

 

 

Le parcours de Gloria et Michel est inspiré de l’histoire vraie des tueurs de la lune de miel, comment l’as tu découverte ?

C’est un fait divers qui me passionne et puis j’ai vu il y a très longtemps Les tueurs de la lune de miel et Carmin Profond qui s’inspirent de cette histoire. Je n’ai jamais eu l’idée de faire un remake des Tueurs de la lune de miel, il s’agissait avant tout d’un concours de circonstances. Très vite ce qui m’a intéressé c’était l’histoire d’amour, je me demandais comment creuser ça.En fait, tout a commencé lorsque j’ai rencontré Yolande Moreau dans un festival, au cours d’une conversation je lui avoue que j’adorerais travailler avec elle et lui écrire un rôle de salope. La même semaine je revois Carmin Profond et ça me paraît comme une évidence : je reprend la même histoire, je l’ancre dans les Ardennes et je demande à Yolande d’incarner Marcha Beck. Quelques mois plus tard, je reviens avec un scénario que je présente à Yolande mais qu’elle a refusé parce que je pense que la sexualité et la violence la gênaient un petit peu.

 

 

 

Quels étaient tes critères pour le personnage de Gloria ?

Il me fallait une actrice qui « entre en religion » dans le personnage. Je cherchais quelqu’un qui pouvait absolument tout me donner. Après Yolande, mes producteurs voulaient une actrice plus bankable, j’en ai rencontré quelques unes mais je n’étais absolument pas convaincu.Quandj’ai rencontré Lola Duenas par un concours de circonstances, elle me dit alors qu’on prenait un café «  Cherches plus c’est moi ! » et je l’ai cru. Après il a fallu l’imposer aux producteurs qui ont fini par me faire confiance. J’ai eu une conviction totale en Lola qui a absolument tout donné pour le rôle. C’est dingue ce qu’elle a fait. Je l’ai accompagné pour ce rôle et on a vraiment vécu un truc ensemble !

 

 

© Carlotta

© Carlotta

 

 

 

L’investissement que tu demandais aux acteurs ne t’a t-il pas fait peur à un moment donné ?

Non, parce qu’à partir du moment où j’entre en phase de tournage je suis dans mon élément. Mes tournages sont très physiques et ça commence à se savoir. J’adore l’aspect physique des tournages : tu chasse quelque chose, chaque jour se suffit à lui même, tu n’es que dans l’instant. Les acteurs me connaissent ou apprennent à me connaître et ça se passe très bien, je les pousse énormément. Lola a fait absolument tout ce que je lui demandais et on n’a jamais eu peur. Les producteurs avaient peur parfois mais je pouvais me permettre d’essayer des choses sur ce tournage, si ça marchait tant mieux sinon tant pis. Il y a des choses qui sont restées et d’autres non. C’était un moment d’expérimentation et j’avais besoin d’acteurs qui soient généreux comme je peux l’être avec eux.

 

Une scène a été plus difficile à tourner que les autres ?

Pour les acteurs c’était celle du lac : il faisait froid je faisais plein de prises, au bout d’un moment ils en avaient marre. Mais à part ça honnêtement il n’y a eu aucune scène compliquée à tourner, difficiles à accoucher mais pas compliquées en soi.

 

Pourquoi aimes tu autant la pluie dans tes films ?

Je ne sais pas c’est comme ça. Beaucoup de gens me le demandent. La pluie a un effet très sensuel sur moi mais au cinéma encore plus. Grâce à la brillance surtout quand je tourne en argentique ça devient très beau et me met en joie.

 

© Carlotta

© Carlotta

 

 

Aurais-tu aimé voir Alleluia sortir en VHS ?

Pourquoi pas surtout que la musique va sortir en vinyle. Je n’ai pas de nostalgie par rapport à la VHS. Mon combat par rapport à la pellicule est sain : je pense sincèrement qu’on nous entube totalement avec le digital. On nous fait croire que c’est mieux alors que pas du tout : il y a moins de piqué, de définition, les noirs et blancs ne sont pas stables, n’importe quel chef opérateur te le dira. L’argentique c’est indétrônable. Il n’y a pas que moi qui pense ça regarde Nolan, Tarantino, Scorsese. Pour le cinéma que je veux faire, l’argentique est mille fois mieux. Je n’aurais pas pu faire Alleluia comme je le désirais en numérique. Le meurtre de Gabriella dans la chambre d’hôtel en plan fixe, ça aurait été dégueulasse en digital. Les gens ne se rendent pas compte mais je suis vraiment fasciné par cette façon qu’à notre œil de se dérégler. Pendant des décennies, la France a été un pays d’image et aujourd’hui les gens regardent les films sur des petits écrans, je trouve ça aberrant !

 

 

Un grand merci à Fabrice Du Welz pour sa confiance et sa disponibilité ainsi qu’à Michel Burstein de Bossa Nova. Alleluia est en salles depuis hier, courez vite le voir !

 

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