Amandine Thebault 18 - juin - 2014 Best of

 

L’hôtel Royal Monceau nous a ouvert ses portes pour un instant en compagnie d’Hossein Amini, réalisateur de The Two  Faces of January. Seul, reposé contre le mur du couloir, le scénariste de Drive regarde passer les convives un à un devant lui. Sourire aux lèvres et regard enfantin. Il s’approche et se présente à chacun d’un grand  » Bonjour » enjoué. Une rencontre pleine de noblesses… ATTENTION SPOILERS.
 
 
Faisons connaissance. C’est un peu formel mais est ce que vous pouvez nous présenter brièvement votre parcours?
Je n’ai pas été en école du cinéma. Pour moi le le meilleur entrainement que j’ai eu, et que je conseille, c’est de regarder des tonnes et des tonnes de films! Avant de réaliser, c’est ce que j’ai trouvé de plus utile pour me préparer. J’ai regardé tous les films des sixties que j’ai pu trouver et revue ceux que j’adorais . Il y a tout ce travail autour des plans, steadicam, etc…. C’est la façon dont je travaille. Regarder des films. Même quand j’écris, je m’imagine le film dans ma tête, et même si le résultat est probablement différent… C’est presque mon rêve de ce que le film devrait être. Sans les problèmes de lieux, ou de la réalité d’une production. Cela doit être fantastique d’aller dans une école de cinéma, mais je n’ai pas cette chance . Certains réalisateurs français, comme Truffaut, ou d’autres réalisateurs des sixties, regardait aussi beaucoup de films. C’est comme ça qu’ils apprenaient. Les critiques peuvent devenir réalisateurs! (Rires). Sérieusement!

 

On peut dire que vous êtes autodidacte?
Oui… J’ai été chanceux de rentrer dans l’industrie du cinéma sans éducation cinématographique. J’ai réussi à y rentrer par l’écriture. C’est le meilleur moyen de se faire connaitre. Dans les autres métiers c’est difficile d’être vu au démarrage. Ecrire, au moins… tu peux y arriver. Mais je n’ai pas fait d’école d’écriture, j’ai regardé des films! C’est très difficile ce que j’ai fais aussi… Il y a de la compétition. La compétition est quelque chose de ridicule !

 
Pourquoi avez vous choisi de passer de l’écriture à la réalisation avec cette adaptation d’un roman de Patricia Highsmith?
Quand j’étais à l’université, il y a très longtemps… J’ai toujours eu cette idée d’écrire et de réaliser une adaptation de ce roman, mais la réalité est très différente. J’ai donc commencé le travail d’écriture et pas nécessairement la réalisation. Mais c’était toujours le livre que j’avais dans mon esprit. Quand j’ai lu le livre, les personnages sont vraiment restés avec moi. Et le mélange des contradictions, comme l’obscurité, la lumière, la culpabilité, l’amour, la tendresse, ont fait que je me suis toujours souvenu de ces personnages. J’espèrerais en réaliser l’adaptation parce que je sentais que je connaissais les personnages. C’était le plus important pour moi. Avec ce script, je savais que je saurais quoi répondre aux acteurs si ils me posaient des questions.

 

© Studio Canal

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Comment avez vous choisi les acteurs?
Avec Viggo ce fût un coup de chance. Nous avons le même agent aux Etats Unis. Viggo a souhaité lire le scénario, car il lit beaucoup. Il a dit être intéressé. Je l’ai rencontré pour l’audition en tant que réalisateur alors que je n’avais jamais réalisé auparavant. Mais il m’a donné une chance. Il est d’une nature très courtoise et il m’a mis vraiment à l’aise. Il est devenu un soutien, un partenaire durant le film. J’ai connu Oscar avec Drive, donc je voulais le caster depuis le début et quand c’est arrivé cela a été très facile pour moi. Et Kirsten a lu le script. Elle était intéressée. Elle était un peu différente du personnage que j’avais en tête, donc nous l’avons retravaillé.
 
Sur la thématique du masculin. On peut retrouver des parallèles avec Drive. Comme cette femme entre deux hommes, qui sont aussi ambivalents. Est ce que c’est une thématique qui vous inspire en particulier et que vous souhaitez exploiter?
Oui absolument. Heat, par exemple, avec De Niro et Pacino est l’un de mes films préférés. Est ce que c’est le même titre en français?

 

Oui c’est ça.
J’adore cette dualité entre les hommes. Le conflit, le combat. C’est un triangle amoureux. Mais qui est, en un sens, plus intéressant chez les hommes. La femme est un catalyseur. Elle mène les hommes au combat. Dans L’inconnu du Nord Express, qui est un film génial, il y a aussi cette question de l’amour. C’est toujours cette histoire d’amour et de haine entre deux hommes. Je trouve ça fascinant. Comme je trouve ce triangle dont vous parlez , une femme avec deux hommes, fascinant. Parce qu’aussi, en tant qu’homme, je trouve intéressant la vulnérabilité d’un homme face à une femme qui est attiré par un autre homme. C’est quand tu es faible, quand tu perds la femme tu aimes, ou quelqu’un d’autre. C’est un sentiment, une chose, vraiment fascinante. Je voulais explorer une fragilité, une vulnérabilité en l’homme ou quelque chose comme ça. Et je trouve que la vulnérabilité est la chose la plus intéressante chez ces personnages. Ce que j’ai vraiment adoré dans le scripte, c’est cette vulnérabilité. Quand j’ai écris le scénario je voulais rendre Colette plus forte et plus présente que dans le livre. Mais, lors de toutes les projections tests, le public s’est montré beaucoup plus intéressé par les deux personnages principaux masculins. Je pense que c’est l’ADN du livre de Patricia Highsmith qui ressort dans le film. La jalousie est aussi quelque chose qui m’intéresse vraiment. La façon que l’on a de blesser quelqu’un qu’on aime m’intéresse beaucoup. C’est une des idées dans ce livre. Il y a ce moment où on est tous autour d’une table. L’homme est aimant envers sa femme et va soudainement dire quelque chose de très méchant. Et je déteste le reconnaitre par moi même, mais je sais, je reconnais, ne pas toujours avoir fait ce qu’il fallait dans un mauvais moment. Il s’agit de cette faiblesse que nous avons quand nous sommes cruels. Ce sont ces minuscules nuances dans les relations que je trouvais intéressante et que je voulais capturer.

 

© Studio Canal

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Ce qui questionne dans le film c’est la personnalité des deux hommes. Il n’est pas seulement question de jalousie mais aussi de lâcheté, non? J’ai l’impression qu’à eux deux, ils représentent ce qu’un homme peut être de pire comme de meilleur…
C’est vrai. J’adore le fait qu’ils s’aiment et se détestent l’un l’autre. Ca rejoint la complexité dont vous parlez. Ce n’est pas juste une relation entre un père et son fils, mais entre un homme plus faible et un homme plus fort. L’attraction qui implique le bien et le mal chez l’homme. Et ça se passe dans le livre, ces deux émotions. Et ce que j’aime c’est que c’est rapide. En une seconde il peut essayer de séduire sa femme et dans la seconde qui suit il s’excuse presque auprès du mari d’avoir fait ça. Il se sent coupable. La rapidité … Quand il parle avec Colette autour de la table, il peut soudainement se souvenir que Chester a essayé d’être gentil envers lui. C’est quelque chose que je reconnais moi même. Cette chose entre le bien et le mal. Le fait que les gens peuvent changer en une seconde. Ce n’est pas un jour nous sommes comme ceci, un autre jour nous sommes comme cela. C’est une seconde. La façon que vous avez de pouvoir trahir quelqu’un que vous aimez.
 

Mais c’est presque une véritable tragédie grecque?
Oui! J’aime beaucoup la tragédie grecque et depuis longtemps. Il y a aussi cette idée de l’homme qui se bat pour la femme et de la femme qui joue. Ils perdent, ils meurent… Il y a quelque chose de primitif. L’homme se tenant debout devant la femme , debout face à son destin, face à la foi, comme dans une tragédie grecque. C’est cette façon d’exprimer son être en tant qu’être humain. Quand j’étais enfant j’étais aussi fasciné par le minotaure. C’était l’être humain à l’intérieur du monstre. Et c’est pour ça… et je ne sais pas pourquoi, mais que je me suis toujours sentie désolé pour le minotaure. Je pense que c’est significatif avec Chester. Il est un homme qui devient un monstre mais il est aussi l’homme à l’intérieur du monstre. C’est un monstre très humain.

 
Donc la mort est la seule solution?
La mort est une solution au sens de la tragédie grecque. Le fils doit tuer le père pour devenir un homme. Pour moi c’est aussi en lien avec le titre du livre. Janvier amène une nouvelle année, en dehors du passé. Ce sont deux personnes différentes mais les deux visages se rejoignent. Ici il y a cette femme qui les unit.

 

© Studio Canal

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Comment avez vous envisagé l’esthétique du film?
Je me suis inspiré de vielles photos des années 60 que j’avais trouvées sur internet. Je ne voulais pas qu’un seul regard sur le film. Je voulais que l’esthétique du film change, à la mesure que les personnages évoluent. Le début est comme une carte postale, puis avec la Crète c’est plus minimaliste, poussiéreux, chaud. La palette de couleurs devient un peu plus pastel. Et avec Istanbul je voulais être plus proche du film traditionnel. Il y a beaucoup de nuit, la pluie, ces idées là… Je voulais trois regards différents. Un aspect heureux, coloré, touristique… En Crète, c’est comme si les dieux punissaient les personnages avec un soleil ravageur, des montagnes poussiéreuses… et enfin la nuit. Je tenais à cette idée de changement de regards à travers la photographie. Puis il y a le travail sur les mouvements de caméra. J’avais tellement peur parce que je n’avais jamais fais ça avant. Et finalement nous n’avons pas utilisé le story board.
 
Vous aviez peur?
Oui beaucoup! (Rires). J’ai écris le film dans ma tête. Le story board était ce que j’avais dans un second temps. La préparation est importante. Parce qu’il y a beaucoup de pression. C’est quelque chose que je savais. Mais j’ai adoré ça! La chose la plus compliquée c’est que beaucoup de personnes vous posent beaucoup de questions tout le temps, mais j’ai adoré être questionné.

 

Suite  et fin de l’interview demain

 

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