Ilan Ferry 3 - août - 2011 Best of

 

Mardi 21 juin,  J. J. Abrams (aka le mec le plus cool de la planète) est venu au prestigieux Hotel Meurice pour la conference de presse de son enthousiasmant Super 8. L’occasion pour le réalisateur de s’exprimer sur ses influences et son amour immodéré pour un certain cinema populaire. Rencontre avec un real qui a la classe !

 

 
 
La famille joue une grande part dans votre univers, comment arrivez vous à équilibrer  l’intime et le spectaculaire?
Déjà je tiens d’abord à tous vous remercier d’être ici aujourd’hui. Mêler ce qui tient de l’intime et ce qui relève du spectacle fait parti de mes ambitions, et j’estime ne pas y être parvenu à la perfection jusqu’ici. Mon but est toujours de partir d’un récit où il y a des relations, de l’émotion et surtout des histoires d’amours auxquelles on peut s’attacher, et de les faire coexister avec quelque chose de spectaculaire… Si je devais vous donner une réponse honnête, je dirais que ce qui m’aide à trouver la bonne balance c’est d’abord la structure narrative. Puis vient le casting et la magie du montage. Car quelque soit les plans qu’on a obtenu pendant le tournage, on se rend compte sur le banc de montage à quel point on a foiré certains trucs et à quel point il faut rééquilibrer l’ensemble. C’est toujours le grand défi de mes films. Ça l’était dans Star Trek, ça l’est dans Super 8.


 
 
Avez vous déjà envisagé de réaliser un biopic de Steven Spielberg ?
Il est évident que Steven Spielberg fut mon héros lorsque j’étais jeune et il continue de l’être car j’ai le sentiment d’avoir beaucoup appris de lui, bien avant de le rencontrer. J’ai eu la chance de collaborer avec lui et appris à le connaître. Ce qui n’a fait que confirmer ce que je pensais déjà de lui avant de le rencontrer : il est comme ses films. Il est optimiste, voit une opportunité dans chaque chose. Pour lui, le monde est un vivier illimité de possibilités qui s’offre à vous. Il est en plus très drôle, pas seulement en tant que conteur mais aussi en tant que personne. Le problème avec les biopics c’est qu’ils nécessitent d’être « sales », il faut qu’il y ait des problèmes, des controverses… Or Steven est quelqu’un de profondément bon. Donc je ne crois pas que je pourrais m’y atteler. Même lui trouverait qu’il manque cet élément.

 

© Paramount Pictures


 
 
Pensez vous que Super 8 est plus un hommage à Steven Spielberg ou le successeur de films cultes comme E.T. l’extraterrestre, Les Goonies…. ?

Lorsque j’ai songé à revisiter cette période de ma vie où je tournais des films amateurs en Super 8, l’idée était de faire un film sur huit adolescents qui feraient la même chose. Comme je connaissais un peu Steven Spielberg, je l’ai appelé avant même de formaliser quoique ce soit, pour lui demander s’il serait partant pour produire et j’ai eu la chance qu’il accepte. Je dois dire qu’ensuite le processus de création fut davantage une exploration. Car je savais qu’au cœur de l’intrigue je voulais à la fois ces personnages dingues de cinéma, mais aussi le drame d’un enfant qui a perdu le parent le plus proche de lui, un premier amour et un registre comique. Le tout combiné dans une série B avec un monstre. Ça ne rendait le mélange que plus existant puisqu’il devait être drôle, effrayant et émouvant. C’est cette fondamentale qui m’intéressait le plus. Pour répondre à votre question : quand une œuvre est littéralement produite par Steven Spielberg il y a toujours le logo Amblin Entertainmentqui figure à la fin du générique. Je ne sais pas si vous avez remarqué mais ici il est au tout début. Cela prouve bien que Super 8 est un film Amblin, ce qui était finalement très libérateur pour moi. J’avais envie de pouvoir intégrer l’ADN de ses films que j’avais aimé plus jeune et de le considérer comme un film qu’on pourrait mettre sur les étagères à côté d’autres productions Amblin. Une partie de Super 8 est clairement une forme d’hommage, non pas à Steven Spielberg mais à tous ces films spécifiques de cette période dont certains sont de lui. Je désirais aussi travailler avec Steven et revisiter cette filmographie qui m’a habité pendant des années.
 
 
Le film baigne dans une ambiance « eighties». Avez-vous rencontré certains problèmes, vous ou votre chef décorateur, pour recréer les années 80 ?

Je voulais qu’on soit dans le réalisme, pas qu’on ait l’impression d’être dans la parodie. Je rappelle d’abord que l’intrigue se situe en 1979, juste avant les années 80, et je n’avais pas envie de faire des choix trop évidents. Que ce soit dans la musique, les coupes de cheveux, les accessoires… Il y avait quelque chose de presque surréaliste quand on était sur le plateau, en voyant ces vielles couvertures de magazines que je me souvenais avoir vraiment lu étant enfant. C’était un incroyable retour dans le passé. Quand je voyais les acteurs habillés à la mode des années 70, c’était très troublant même pour moi. Cela faisait longtemps que j’avais envie de faire un film sur les années 70, j’en avais d’ailleurs beaucoup parlé avec mon ami James Gray, car c’est une période fantastique. Dans Super 8, on n’est pas encore tout à fait dans les années 80, on est juste au tournant d’une période qui marque la fin de l’enfance des personnages. C’était très important de le souligner.

 

© Paramount Pictures


 
 
Pourquoi avoir justement choisi précisément l’année 1979. Est-ce symbolique pour vous ? Pour les Etats-Unis en général ?

Pour moi elle a marqué la fin d’une époque. J’avais le sentiment que les années 80 allaient avoir des connotations extrêmement différentes. Pour ce qui est du symbolisme par rapport aux USA, il est vrai que ces années là ont annoncé la fin de l’ère analogique avec l’arrivée des premiers ordinateurs, des vidéocassettes, des walkmans… c’était la fin de ce que j’appel le « film » en tant que matière tactile. Je trouvais donc que c’était une transition entre tout ce qu’il y avait avant 1979 et tout ce qu’il a eu après. J’adore la technologie mais avant 1979 on était encore dans une certaine pureté qui s’est évanouie peu à peu. C’est pour ça que j’ai inclût une référence à l’incident nucléaire de Three Mile Island. Elle était présente dans le scénario dès le début mais au moment du montage il s’est produit le drame de Fukushima. Je trouvais que c’était important de la conserver, même si au départ, je faisais référence à mon père qui a grandi en Pennsylvanie, non loin de la catastrophe de Three Mile Island. J’ajouterais une anecdote qui s’est déroulée quand on tournait la scène dans le magasin de photos où le personnage principal Joe appelle Alice au téléphone. J’ai donné toutes les indications à l’acteur, on a répété… puis je lance la prise… je dis action, il prend alors le récepteur et il me regarde complètement immobile, l’air de ne pas savoir quoi faire. De mon côté j’attends et il me dis : « comment je fais pour l’appeler ? ». Je lui répond : « ben… tu mets ton doigt dans le cadran et tu tournes ». Il pensait probablement qu’il y avait une sorte d’écran tactile et c’est là que je me suis rendu compte à quel point cette technologie qui nous apparaissait si familière, était devenu aujourd’hui comme le monolithe de 2001, l’odyssée de l’espace, l’inconnu le plus total pour cette nouvelle génération.
 
 

Les jeunes comédiens du film sont fantastiques, en particulier Joel Courtney et Elle Fanning. A-t-il été difficile de constituer le casting ?
Le casting a pris plus de temps que je ne le prévoyais. Quand je préparais Mission : Impossible 3, j’avais l’habitude de me rendre sur le plateau de La Guerre des mondes de Steven Spielberg où je pouvais voir Dakota Fanning et une toute petite blonde qui courait dans les pattes de toute l’équipe. C’était Elle Fanning. Alors quand on m’a proposé de la rencontrer pendant les auditions, j’avais en tête cette gamine intenable. Et c’est alors que j’ai vu arriver une fille plus grande que moi, très sophistiquée. Honnêtement c’est le talent le plus brut et le plus naturel qu’il m’ait été donné de diriger. Tout âge confondu. En ce qui concerne Joel, c’était très différent puisqu’il n’avait jamais joué. Il habitait dans une petite ville où il prenait juste des cours de comédie et il est arrivé avec ses yeux absolument adorables et un talent naturel. Je l’ai fait revenir encore et encore pendant plusieurs auditions pour lui donner différentes scènes afin de voir s’il était capable de jongler avec tous les registres émotionnels. Ce qui fut le cas. Le casting a été comme un acte de foi mais Joel s’est complètement adapté aux conditions de tournage d’un film, en quelques jours seulement.  Je dois dire que tous les enfants étaient formidables mais la clé de tout c’est qu’ils étaient de vrais enfants. Je ne voulais pas des enfants « d’Hollywood » qui ont déjà plusieurs pubs sur leur CV. Ce que j’appelle des faux enfants qui arrivent vers vous aux auditions en vous demandant comment ils doivent jouer la scène ! Ils ont 13-14 ans et ils semblent déjà blasés par le métier. L’important était donc d’avoir des acteurs comme Joel qui était un gamin fantastique et avec Elle il y avait une vraie alchimie. J’ai eu beaucoup de chance.

 

© Paramount Pictures


 
 

Question fantasmée : Ne voudriez vous pas faire une suite appelée Super 8 ½ qui serait un hommage aux films de Fellini ?
J’adorerais faire ça, Fellini est un de mes réalisateurs préféré. Mais ce ne sera pas possible pour le moment car je vais faire Star Trek 2. Je planche aussi sur un long métrage adapté d’Alias, je vais ensuite réaliser le premier film du groupe The Lonely Island avec qui j’avais déjà travaillé sur le clip Cool guys don’t look at explosions. J’y jouais du synthétiseur aux cotés de mon grand pote Will Ferrell.

 

Quand on vous disait que J.J. Abrams était le mec le plus cool sur Terre !


 
 
 

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Merci à Séverine Lajarrige

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