Ilan Ferry 7 - septembre - 2014 Best of, Critiques

Un film de Marjane Satrapi. Avec Ryan Reynolds, Gemma Arterton, Anna Kendrick. Sortie le 11 mars 2015.

 

 

Pour son premier film solo aux Etats-Unis, Marjane Satrapi opère un surprenant et réjouissant virage à 90 degrés.

 

Note : 3,5/5

 

Modeste employé d’usine, Jerry Hickfang (Ryan Reynolds) a un secret : il peut parler aux animaux… du moins quand il ne prend pas ses médicaments. Car Jerry n’est pas un homme comme les autres. Fraichement sorti de l’hôpital psychiatrique, il essaie tant bien que mal de s’adapter au monde extérieur et tombe amoureux de la belle Fiona (Gemma Arterton). Lorsque cette dernière accepte de diner avec lui, leur relation va prendre un tournant inattendu ! A plus d’un titre, The Voices apparaît comme le film de tous les risques pour Marjane Satrapi qui signe ici son premier long métrage solo en langue anglaise. Exit l’univers « mélancoliquement poétique  » dont Persepolis et Poulet aux prunes se sont fait les échos un peu partout dans le monde et place à un propos résolument plus sombre où le romantisme exacerbé des personnages laisse place à des névroses beaucoup plus ancrées. En contant le parcours tragicomique d’un émule de Norman Bates tentant tant bien que mal de se faire une place dans la société et de trouver l’amour, la cinéaste prend le risque de déconcerter un public peu habitué à la voir explorer de tels sillons. Pour autant, la maman de Persepolis ne se trahit pas et pare son propos d’une forme de fantaisie, certes sombre, mais néanmoins suffisamment présente et bien dosée pour ne pas rendre trop anxiogène ce voyage dans une psyché malade. Car si le film parvient parfois à créer un véritable malaise c’est par son approche éminemment empathique de son personnage principal aussi désarmant que dangereux n’ayant d’autre choix que de se réfugier dans un monde merveilleux où  animaux et cadavres prodiguent à Jerry la bienveillance dont il a toujours manqué. De fait, on regrette de la voir se brider un peu à travers une mise en scène par moments trop sages en dépit de quelques jolies fulgurances et un final aussi ironique qu’émouvant.

 

© Le Pacte

© Le Pacte

 

Là où d’autres auteurs à l’univers bien trempé (on pense notamment à Terry Gilliam) auraient transformé ce Voices atypique en thriller onirique glauque, Satrapi tire son épingle du jeu par le biais de son personnage principal. Jamais partisane ou froide, elle dresse ici le portrait d’un associable touchant de par sa volonté de s’en sortir mais prisonnier de ses propres névroses . Mais The Voices représente aussi un risque pour Ryan Reynolds qui casse son image de charmeur via ce personnage de grand enfant empruntant autant au Lennie de Des souris et des hommes qu’au Spider du fameux film éponyme de David Cronenberg. Une fois n’est pas coutume, le comédien trop souvent cantonné aux archétypes dans lesquels Hollywood l’enferme depuis bien trop longtemps, prouve qu’il n’est jamais aussi bon que lorsqu’il se met en danger que ce soit à l’intérieur d’un cercueil (Buried) ou en se multipliant (The Nines). Ainsi l’intérêt de The Voices ne réside pas tant dans le scénario très balisé de Michael R. Perry (Paranormal Activity 2) dont le passif dans le procédural télévisuel se fait souvent ressentir, que dans l’approche atypique de Marjane Satrapi qui, avec l’aide de Ryan Reynolds, transforme confère une humanité salvatrice à ce qui n’aurait pu être un serial killer movie de plus.

 

Aux antipodes de ce que nous a offert Satrapi jusque là, The Voices est une oeuvre singulière, une comédie noire à mi chemin entre Spider et Docteur Doolittle !

 

 

 

Film présenté en ouverture de la 20eme édition de l’Étrange Festival au Forum des Images.

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