Ilan Ferry 9 - septembre - 2014 Best of

 

L’Étrange Festival continue son bonhomme de chemin via une programmation toujours plus azimutée et insolite. État des lieux !

 

Jour 2 : Fin du monde et teen spirit

 

Un air d’apocalypse a plané sur le Forum des Images en ce samedi 6 septembre. Il faut dire que démarrer les hostilités avec le frappadingue Dead or Alive de Takashi Miike a au moins le mérite d’annoncer la couleur. Et dans le genre azimuté, Wetlands de l’allemand David Wnendt ne fait pas exception à la règle. Adapté de Zones humides (le ton est donné), roman autobiographique de Charlotte Roche, le film explore le plaisir féminin sous toutes ses formes fussent-elles les plus crades possibles. Défini comme une pelloche « mal élevée » (dixit notre confrère Julien Munoz) Wetlands prouverait par l’image que la femme est un homme comme les autres. Malheureusement, à défaut d’explorer ces versants somme toutes alléchants, nous avons préféré voir ce que les allemands proposaient en termes de slasher. Le résultat, répondant au doux nom de Radio Silence, s’est révélé être un nanar, un vrai ! Aussi improbable sur le fond que rigolo sur la forme, le film oppose le DJ d’une radio pirate à un serial killer particulièrement vicieux le mettant au défi de garder l’antenne sous peine d’entendre sa prochaine victime mourir dans d’atroces souffrances. Un pitch rigolo malheureusement torpillé par un « scénario » à tiroirs proprement stupide enquillant invraisemblances en pagaille et comportements erratiques des personnages. Multipliant morceaux de bravoure (l’enquête parallèle menée par un inspecteur bourru) et dialogues nanar (« le sexe de la femme est comme une boite de Pandore » argue notre tueur en série à l’occasion d’une de ses nombreuses énigmes faisandées), Radio Silence sauve partiellement les meubles par une mise en scène rigolote et ludique. C’est déjà ça mais pas suffisant pour sauver le film des tréfonds du gentil navet. Beaucoup plus sérieux, l’intéressant Faults nous pose toutefois un problème de conscience : celui d’être totalement objectif devant le premier film du mari de la très belle Mary Elizabeth Winstead (Scott Pilgrim) laquelle incarne une jeune fille tombée sous la coupe d’une secte et enlevée par un « dé programmateur » chargé de la ramener à la raison. Non content d’être marié à celle qui sera toujours Ramona dans nos cœurs de geek romantiques, Riley Stearns réussit ici le pari de créer une ambiance anxiogène et de tenir son film uniquement sur l’affrontement entre ses deux acteurs principaux. Et si on aurait aimé que celui-ci soit plus développé justifiant davantage un retournement de situation trop attendu, Faults permet toutefois à l’excellent Leland Orser d’exploser dans le rôle d’un déprogrammateur déchu et poissard. Éternel second couteau du cinéma US, le comédien démontre ici toute l’étendue de son talent et prouve une fois n’est pas coutume qu’il peut tenir entièrement un film sur ses épaules pour peu qu’on lui donne le bon rôle. La véritable révélation de Faults c’est lui et on croise fort les doigts pour qu’il fasse office de véritable rampe de lancement pour le comédien.

 

© Tous droits réservés

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Tout juste a-t-on le temps de se remettre de ce petit trip au pays des sectes qu’il nous faut tout de suite foncer vers la séance suivante en l’occurrence le très attendu It Follows. Précédé d’une excellente réputation (merci La semaine de la critique), ce deuxième long métrage de David Robert Mitchell (The Myth of the American Sleepover) explore le spleen adolescent sous un angle original puisqu’on y suit la descente aux enfers d’une jeune fille frappée d’une étrange malédiction après une aventure d’un soir. Sous influence des ligues de vertu américaine, It follows aurait pu se révéler un formidable message de propagande en faveur de l’abstinence mais il n’en est rien. A l’image d’un certain Donnie Darko , le film de David Robert Mitchell invite à regarder au-delà des apparences, à en tirer ses propres conclusions. Il en résulte un OFNI traversé d’idées de mise en scène tantôt brillantes tantôt superflues mais toujours incroyablement bien maitrisés. Film de trouille singulier misant autant sur son ambiance délétère que sur des effets souvent flippants. Jolie allégorie sur l’héritage des années Sida et la culpabilité liée au sexe dans une société qui ne le tolère que caché et modéré, It follows radiographie le mal-être adolescent avec autrement plus de subtilité et d’intelligence qu’un certain Spring Breakers (pour ne citer que lui) et autres teen movie faussement provocateurs. Une jolie pépite parfois m’as-tu vue mais non dénuée d’intérêt. Enfin, la soirée s’est clôturée sur un mode apocalyptique avec l’émouvant These Final Hours. Preuve supplémentaire de la très bonne santé du cinéma de genre australien, ce premier long métrage (encore un) nous plonge en pleine ambiance pré apo. A quelques heures de la fin du monde, James décide de se rendre à une immense fête, sorte de baroud d’honneur de l’humanité où tout est permis. Son chemin va rapidement croiser celui d’une petite fille cherchant désespérément son père. Tiraillé, James va devoir choisir entre rejoindre ses amis ou aider la petite fille. A l’instar du récent The Rover, These Final Hours recentre l’homme au sein de son intrigue et nous confronte à nos propres choix devant l’échéance fatale. Brut et terriblement humain, le film de Zak Hilditch nous fait passer par une myriade d’émotions jusqu’au final aussi sobre que déchirant. Un premier long métrage dense, émouvant qui ne souffre aucunement de la comparaison avec d’autres diamants bruts comme La route dont il est un digne succédané.

 

Jour 3 : Beaucoup de bruit pour (presque) rien !

 

La journée de dimanche a été beaucoup plus calme en dépit de la projection de l’hystérique Asphalt Watches, film d’animation canadien que l’on pourrait résumer par « Beaucoup de bruit pour rien ». Non décidément, ce dimanche là était davantage destiné aux cinéphiles de la 1ere heure avec des films aussi rares qu’étranges parmi lesquels Toto qui vécut deux fois, Le roi des morts ou le funky Dolemite. L’événement de la soirée fut la projection en avant première mondiale du frenchy Horsehead (aka Fièvre) de Romain Basset. Difficile d’être totalement objectif concernant le film tant il parait aussi maladroit que pétri de bonnes intentions. Baigné dans une superbe photo et traversé d’envolées cauchemardesques du plus bel effet, le film souffle constamment le chaud et le froid pouvant aussi bien fasciner par une forme très travaillée qu’agacer par un scénario bateau, faussement cryptique et très balourd. Il en résulte un exercice de style n’existant malheureusement que pour et par ses fulgurances esthétiques. D’où l’impression de se retrouver davantage devant une longue carte de visite destinée à écumer les festivals (une impression renforcé par le fait que le film a été tourné en anglais malgré des acteurs et des décors 100% français). Dommage car le réalisateur Romain Basset a du talent à revendre et ça se voit, reste désormais à ce qu’il le canalise au sein d’un projet plus ambitieux et moins artificiel. Passé cette étrange déception qui aura toutefois remplie une salle de 500 places, preuve supplémentaire que le film de genre français a encore un sacré sérail de fans, il était temps de dire bonne nuit au forum des images tandis que d’autres irréductibles se seront laissés tenter par le Alléluia de Fabrice du Welz. De quoi se mettre en appétit avant une semaine qui s’annonce riche en surprises déglinguées !

 

Fièvre de Romain Basset

Fièvre de Romain Basset

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