Ilan Ferry 13 - septembre - 2014 Best of

 

Depuis maintenant un peu plus d’une semaine, l’Étrange Festival continue d’attirer des centaines d’amateurs du bizarre via une programmation forcément à la hauteur de l’événement. Et encore on se dit que le meilleur reste à venir.

 

Jour 6 : cowboys teutons & sniper nanar

Ce n’est pas parce que le mercredi c’est permis (à moins que ce ne soit le mardi ?) qu’il faut tout se permettre. Et pourtant c’est bien l’absence de limites qui semble une fois de plus irriguer le nouveau film d’Uwe Boll notre réalisateur de nanars bien aimé. Avec Rampage 2, le « cinéaste » boxeur de critiques à ses heures perdues, donne suite aux aventures de Bill (Brendan Fletcher) marginal sacrément secoué du ciboulot qui décide cette fois de s’en prendre à une station de TV. Si nous n’avons pas eu la « chance » de voir ce second volet autoproclamé « pamphlet anticapitaliste », les réactions plutôt négatives semblent faire honneur à la réputation catastrophique de son géniteur toujours aussi peu subtil. Sacré Uwe ! Dans un tout autre registre The Dark Valley redonne ses lettres de noblesse au western allemand peu voir inconnu dans nos contrées. On y retrouve Sam Riley plongé dans une chasse à l’homme oppressante dans la neige sous l’œil attentif d’Andreas Prochaska, réalisateur du pourtant pas très bon Trois jours à vivre. Après Radio Silence, il s’agit de la seconde incursion allemande dans le genre que le festival nous offre cette année, de là à dire que The Dark Valley se révèle beaucoup plus convaincant que le slasher faisandé du duo Marco Riedl/Carsten Vauth, il y a un petit pas de cheval à franchir. Le reste de la journée aura principalement été émaillée de rediffusions (Alleluia, It follows, Killers…) tandis qu’au niveau curiosités ce sont le doc The search for Weng Weng et l’azimuté Endhiran (déjà projeté il y a trois ans) qui se sont distingués. Décidément, l’Etrange Festival ne faillit pas à sa réputation… et c’est tant mieux !

 

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Jour 7 : Qu’il est difficile d’être un festivalier !

 

Jeudi 11 septembre 2014, une journée à marquer d’une pierre blanche puisqu’elle aura été celle de toutes les épreuves, du grand écart ultime entre gouaille et austérité, couleurs criardes et noir et blanc, légèreté et profondeur. Bref, en ce septième jour de festival, l’éclectisme était plus que jamais au rendez-vous. C’est ainsi que les festivaliers ont eu le choix pour démarrer entre pastiches vintage tchécoslovaques (si si ça existe !) avec le diptyque Qui veut tuer Jessie ? / A nice plate of spinach, (re)voir l’insupportable Radio Silence et son tueur omniscient au look de garçon boucher bercé trop près du mur ou encore le bien nommé Blastfighter, rip off éhonté de Rambo par l’inénarrable Lamberto Bava. Choisis ton camp camarde ! De quoi s’échauffer avant le très attendu Open Windows de Nacho Vigalondo. Pour son troisième film, le réalisateur du remarqué Timecrimes et de l’hilarant Extraterrestre met Elijah Wood dans la peau d’un blogueur se retrouvant bien malgré lui à épier sur son ordinateur les moindres faits et gestes de sa star préférée Jill Goddard (Sasha Grey) grâce à un mystérieux interlocuteur qui ne tardera pas à dévoiler ses sombres intentions. Pas la peine de chercher ici une quelconque logique, Open Windows n’en contient pas une once ! Se foutant royalement de son intrigue, Vigalondo s’en sert avant tout pour s’amuser et nous amuser avec son gimmick (tout le film est vu à travers des fenêtres vidéos diverses et variés : smartphones, webcams, caméras de sécurité…). Piratant littéralement les codes du giallo et du found footage, le cinéaste nous offre un vrai pastiche habilement dissimulé sous les apparats du thriller 2.0. Et si le résultat ne réussit pas toujours son dosage entre premier et second degré notamment à cause d’un rythme en dents de scie, il reste toutefois suffisamment amusant et ludique pour nous tenir en haleine pour peu qu’on fasse fi de ses très nombreuses invraisemblances. Contrairement à un certain Radio Silence qui multipliait les twists à outrance, Open Windows, lui, ne se prend jamais au sérieux comme parfaitement conscient du caractère surréaliste de son pitch et ce, jusqu’au retournement de situation totalement nawak. Aussi invraisemblable que réjouissant et maladroit, Open Windows fait partie de ces high concept movie ayant l’intelligence de s’amuser avec le public sans jamais prétendre être plus malin que lui.

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Pas vraiment le cas du très austère Il est difficile d’être un Dieu d’ Alexeï Guerman, projet fleuve initié en 2000 et terminé en treize ans plus tard quelques mois après la mort du cinéaste. Un film testament dans lequel des savants terriens surveillent de l’intérieur une planète restée à des temps médiévaux où on persécute les penseurs. Hommage évident au cinéma de Tarkovski (et Kubrick diront certains, de notre coté on cherche encore les références !), le film de Guerman n’est pas destiné à tout le monde. Rugueux, austère, difficile d’accès et extrêmement verbeux, il se distingue par son atmosphère faisant la part belle à un univers singulier, intéressant à plus d’un titre. Encore pour cela faut-il accepter de se fader un film de trois heures remplies de personnages horribles passant leur temps à renifler, roter, gueuler et s’enduire d’excréments et philosophant superficiellement le tout dans un noir et blanc pas toujours bien exploité. Soit une certaine idée de la déliquescence médiévale n’existant que pour elle-même, phagocytée qu’elle est par une intrigue trop conceptuelle pour susciter un réel intérêt. Peu avenant aussi bien sur le fond que sur la forme (peu de fulgurances visuelles viennent chatoyer nos rétines) Il est difficile d’être un Dieu semble avoir été pensé comme un défi lancé vis-à-vis des spectateurs, une épreuve à plus d’un titre qu’on aurait aimé être traversé par une plus grande folie et surtout un rythme beaucoup plus resserré. Pas nécessairement un mauvais film mais une expérience de cinéma ne s’adressant qu’à une niche de spectateurs.

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