Ilan Ferry 12 - septembre - 2014 Best of

 

A l’Étrange Festival, les séances se suivent mais ne se ressemblent absolument pas. Etat des lieux d’une semaine qui a démarrée sur les chapeaux de roue !

 

Jour 4 : Tueurs du lundi & hip-hop fiévreux

 

Plus que jamais c’est l’Asie qui aura fait l’événement lundi 8 septembre. A commencer par The Fives vengeance flick au concept assez troublant dans lequel une femme paralysée fait appel à des demandeurs d’organe pour venger sa famille assassinée. Pour son premier long métrage (décidément…), adapte en live sa propre web série animée et signe un thriller sombre qui n’aura pas laissé les festivaliers indifférents en dépit de quelques longueurs. Tout aussi sombre, le très attendu Killers n’a quant à lui pas vraiment fait l’unanimité. Cinq ans après Macabre, les Mo Brothers (aka Imo Stamboel et Timo Tjahjanto) accouchent d’une nouvelle œuvre choc qui voit un tueur en série japonais et un journaliste indonésien se toiser par vidéos interposées sur le net. Enième réflexion sur la fascination du Mal, Killers ne révolutionne aucunement le genre, préférant tourner méchamment en rond au lieu d’exploiter comme il se doit son concept pourtant très intéressant. Il en résulte un film schizophrène mettant en parallèle deux intrigues de manière beaucoup trop superficielle. Dommage car il y avait là matière à creuser sous un angle différent si ce n’est original un sillon maintes fois exploité (avec plus de réussite) par le cinéma asiatique que ce soit à travers les œuvres de Park Chan Wook ou de Kim Jee Woon. Une relative déception donc malgré des personnages fascinants et quelques belles fulgurances. Mais le highlight de la soirée ce fut bien entendu la projection de Tokyo Tribe, nouvelle pelloche totalement allumée du génial Sono Sion, qui aura fait salle comble. 500 aficionados se sont précipités pour applaudir le japonais fou (auquel L’Étrange Festival a accordé une carte blanche cette année) venu avec un enthousiasme non feint présenter son nouveau film. Pendant plus de sept minutes, le cinéaste a eu droit a une standing ovation comme seul ce festival peut nous en offrir et ce avant même la projection du film. Et le moins que l’on puisse dire c’est que la révérence du public était largement méritée. Fiévreux, fou, libre, Tokyo Tribe est une pelloche survitaminée bourrée d’idées toutes plus inventives les unes que les autres. Adapté du célèbre manga Tokyo Tribe 2, le film de Sono Sion nous embarque dans un Tokyo futuriste divisé en quatre parties et régi par autant de gangs se livrant une guerre sans merci. En particulier les Wu-ronz de Bukuro, dangereux yakuzas vouant une haine farouche aux Saru de Musashino, gang uber cool et non violent aspirant seulement à trainer entre potes. Voilà pour le pitch de cette œuvre de commande que Sono Sion transforme en comédie musicale forcément autre boostée par une bande originale 100% hip-hop aux flow réjouissants et entrainants. Si Tokyo Tribe n’atteint pas la démence nihiliste de l’extraordinaire Why don’t you play in hell, il reste l’une des plus belles preuves par l’image de la vitalité de son auteur, véritable poil à gratter du 7eme art, trublion magnifique qui ferait passer Takashi Miike pour un yes man de Disney… et pourtant dieu sait qu’on aime Miike ( le réal, pas la souris hein !)

 

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Jour 5 : Electric Tribe

 

Mardi ou la journée de toutes les frustrations ou comment un emploi du temps mal agencé nous aura empêché de voir ce qui était certainement le doc le plus intéressant du festival. En l’occurrence Electric Boogaloo qui, comme son titre ne l’indique pas forcément (sauf pour les puristes purs et durs), est consacré à la mythique Cannon à qui l’on doit des titres aussi emblématiques qu’Over The Top, la saga Un justicier dans la ville ou encore Superman IV soit autant de gentils nanars ayant biberonnés nos enfances de cinéphages. Et si ce doc est intéressant c’est que contrairement à The Go Go Boys, lui aussi consacré à la mythique firme, n’a pas été validé par les ex moguls Menahem Golan et Yoram Globus. Un doc officieux donc laissant la parole à une myriade d’intervenants s’exprimant sans langue de bois. Le réalisateur Mark Hartley nous ayant déjà offert le très dense Not Quite Hollywood, le résultat ne peut qu’être fascinant ! Il nous aura donc fallu se rabattre sur I number number, polar assez efficace ayant le principal intérêt de mettre en lumière un pan peu connu du cinéma en provenance d’Afrique du Sud. Maigre mais respectable consolation ! Un peu de calme avant une moitié de semaine chargée ou se telescopent  cowboys allemands, slasher 2.0. et S.F. médiévale russe en noir et blanc. Quand on vous disait que ce festival était perché !

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