Ilan Ferry 16 - septembre - 2014 News

 

Il n’est jamais trop tard pour bien faire : deux jours après la clôture de l’Etrange Festival, retour sur les trois deniers jours qui ont émaillé cette célébration du bizarre sous toutes ses formes cinématographiques.

 

Jour 8 : Scouts sauvages & mères indignes ( à moins que ce ne soit l’inverse)

Avant d’entamer son dernier week-end, l’Etrange Festival a décidé de gâter ses festivaliers friands en matière de bizarrerie. C’est ainsi que la journée de vendredi a commencé sur les chapeaux de roue avec l’insolite Moebius, dernier OFNI en date du toujours très intéressant Kim Ki Duk. Dans cette chronique très oedipienne ,une mère de famille emascule son fils afin de punir indirectement son mari infidèle. Un drôle de pitch pour un film qui l’est tout autant. Dérangeant, malsain et totalement WTF, Moebius fut l’un des objets les plus étranges du festival. Plus conventionnel (si tant est que cela signifie quelque chose dans le cadre de l’Etrange Festival), Cub est une intéressante variation belge sur le thème de l’enfant sauvage suivant une bande de scouts en proie a un prédateur pas comme les autres en pleine foret. Pour peu que vos années de scout vous aient traumatisé, que les feux de camp provoquent une réaction épidermique ou que vous revez de cassez la gueule au prochain castor junior qui croise votre chemin, Cub est fait pour vous. Nimbé dans une superbe photographie faisant un usage parfois trop ostentatoire du lens flare, ce 1er long métrage impressionne par sa maîtrise formelle et le regard qu’il pose sur l’enfance à mille lieues des canons du genre, un survival atypique certes prévisible par moments mais sacrément efficace quelque part entre Détour Mortel et L’enfant sauvage de François Truffaut ! Les amateurs de polars nerveux eux étaient à la fête avec Hyena, sorte de démarquage british de The Shield suivant les pérégrinations d’un flic aux méthodes musclées et pas forcément légales. Nihiliste et sans concessions !

 

Tous droits réservés

Tous droits réservés

 

 

Jour 9 & 10 : La fin justifie les moyens

Dernière ligne droite pour le festival qui s’est achevé avec pertes et fracas (enfin surtout fracas) réservant ses dernières cartouches pour un final tout feu tout flamme. Sur le thème de l’enfance monstrueuse, le moins que l’on puisse dire c’est que le très bon Hwa Yi s’impose comme une nouvelle référence du genre. Beaucoup moins enthousiasmant, l’irlandais The Canal intrigue dans son premier quart avant de se transformer en démarquage assez paresseux de Sinister, le boogeyman en moins, l’ennui en plus. Les amateurs de voyages tortueux en ont pour leur argent avec le doc Lost Soul qui revenait en détails sur les mésaventures de Richard Stanley sur l’adaptation de L’ile du Docteur Moreau que réalisera finalement John Frankenheimer avec le sinistre résultat qu’on connait ou encore Visitors de Godfery Regio toujours aussi au sommet de son art. Et pour peu que vous trouviez le soleil levant plus accueillant que les œuvres crepusculaires, il vous était possible de (re)voir l’électrique Tokyo Tribe ou de vous laisser bercer par Over your dead body de Takashi Miike. Enfin le festival s’est clôturé sur une note tout aussi asiatique avec le tortueux The World of Kanako. Une conclusion tout ce qu’il y a de plus honorable pour un festival qui aura su plus que jamais jouer la carte de l’eclectisme célébrant comme il se doit vingt années réjouissantes et bourrée de surprises. Plus que jamais, L’Etrange Festival s’est imposé comme le rendez-vous incontournable des cinéphiles et cinéphages en quête de bobines toutes plus surprenantes les unes que les autres, se faisant fort de proposer au gré d’une programmation riche et pertinente d’étonnants ponts entre les genres, des œuvres singulières où se telescopent chefs d’œuvres impérissables ou en devenir, petits et grands maitres, nanars et OFNI décomplexées, bref un maelstrom comme on en voit rarement et dont l’Etrange Festival est le plus digne représentant dans la capitale.

 

Etrange Palmares

 

Prix Nouveau Genre : The Voices de Marjane Satrapi

Prix du Public :The Voices de Marjane Satrapi

Grand Prix Canal + (court métrage) : Pony Place de Joost Reijmers

Prix du Public (court métrage) : Séquence de Carl Torrens

 

Merci à Xavier Fayet et l’équipe de l’Etrange Festival.

Commentaires