Kevin Cattan 6 - octobre - 2014 Best of

 

Pour accompagner la sortie de Equalizer (en salles depuis le 1er Octobre), Cinévibe a pu assister à une Masterclass avec le réalisateur du film Antoine Fuqua et son acteur principal Denzel Washington. Ils ont répondu avec le sourire et la « coolitude » qui les caractérise bien. La Masterclass sest tenue à la FNAC des Ternes le 15 Septembre dernier.

 

 

Questions Masterclass :

 

The Equalizer était une série américaine réputée des années 80. Vous, Antoine Fuqua et Denzel Washington, vous lavez adaptée à notre époque. Quels sont les défis posés par ce film et le bonheur de retrouver Antoine Fuqua ?


Denzel Washington
: Depuis le succès de Training Day, nous cherchions à retravailler ensemble mais ça ne se présentait pas parce que nous avions chacun des films de notre côté. Nous pensons que ce film, Equalizer, était un projet parfait pour nous réunir.

 

 

Lun des personnages en train de mourir vous pose la question suivante Denzel « Mais qui êtes-vous ? » car le héros McCall a de nombreux talents mais aussi beaucoup de mystères. Pouvez-vous nous parler de ces mystères ?

 

D.W. : Mon personnage, McCall, est un homme qui a un passé mystérieux et que l’on ne divulgue pas trop. C’est un solitaire qui lutte avec ses propres démons et qui en particulier souffre d’un désordre obsessionnel et compulsif.

 

Cest un homme aussi qui est veuf. On sait simplement que sa femme est morte. Cest une bonne idée de garder une part de mystère autour de ce personnage et quon ne dévoile pas trop de choses sur lui. Antoine, en parlant de laction, quelque chose est dit, quelque chose est dévoilé à travers ce personnage. Comment avez-vous travaillé sur le détail pour nous entraîner vers ce personnage ?

 

Antoine Fuqua : M. Washington est un acteur incroyable, et nous le savons tous. Ce qui était important pour moi dans les scènes d’action, c’est bien sûr d’avoir de l’action, mais aussi de montrer toute l’épaisseur dramatique, les couches du personnages à travers l’action pour que le public n’oublie jamais que derrière ces scènes d’action, il y a un grand acteur. La caméra suit au plus près jusqu’au reflet dans le regard, l’action et les mouvements qui sont toujours signifiants. Et c’est pour cela que M. Washington est un grand acteur. Oui, j’aime l’appeler M. Washington.

© Sony Pictures

© Sony Pictures

 

 

Denzel, cest tout à fait inhabituel, et surtout dans des films daction, davoir un héros qui souffre de troubles obsessionnels compulsifs. Cest quand même très étrange et très intéressant. Qui a eu cette idée de mettre ce détail qui nen nest pas un dans ce scénario ?

 

D.W. : C’est moi. Vous avez parlé de héros de films d’action. Je ne sais pas très bien comment définir un héros de film d’action. Pour moi, lorsque je choisis un film, je choisis avant tout d’explorer un personnage. Et avec ce personnage, je me suis demandé qui il était, pourquoi travaillait-il dans une sorte de home-dépôt, pourquoi travaillait-il la nuit, pourquoi était-il aussi solitaire, pourquoi regardait-il sans arrêt sa montre… Et soudain, en essayant de trouver des réponses à ces questions, j’ai trouvé que d’attribuer ce toc était quelque chose qui donnait à mon personnage davantage de profondeur. Vous pouvez aller sur YouTube voir des personnes qui souffrent de beaucoup de tocs. C’est beaucoup plus répandu qu’on ne le croit.

 

 

Dans une scène-choc du film, on ne la voit pas mais il ne sagit que delle : Teri, interprétée par Chloë Moretz, une jeune prostituée, avec qui vous formez un lien étrange. Comment expliquer ce lien entre un homme très solitaire et une jeune prostituée rencontrée dans un pub ?

 

A.F. : Ils sont pour moi deux âmes perdues. Ils ont tous les deux besoin l’un de l’autre. Évidemment, le personnage joué par Denzel est un personnage qui vit entre deux mondes. Le monde de la journée, son travail. Et puis, le monde de la nuit, ce Dinner où ils se retrouvent. Au départ, ce sont deux êtres qui s’observent et qui ne sont pas proches jusqu’au jour où elle vient le trouver à sa table et ce lieu devient comme un refuge où tous deux cherchent une forme de paix. Ils ont besoin l’un de l’autre, elle plus que lui. Tous deux entament un dialogue qui va les amener à se reconstruire et à se trouver.

 

 

Dans votre cinéma Antoine Fuqua – et vous êtes un cinéaste extraordinaire – il y a toujours chez vous une extrême violence et à la fois une poésie merveilleuse, il y a le chaos de laction et en même temps, il y la musique de Tchaïkovski. Et puis il y a Eminem, soudain Tout cela, cest du grand Antoine Fuqua que lon retrouve dans Equalizer. Vous-êtes vous inspiré de grands films, de grands cinéastes et de grands thrillers, qui comme la série télévisée The Equalizer, sont nés dans les années 80 ?

 

A.F. : Pour moi, tout a un rythme, un son, un mouvement qui m’est propre. Peut-être que j’ai appris cela en venant du monde du clip. Le mouvement, le son et l’image ne font qu’un. Et j’aime traduire le son en image. Par exemple, parfois, lorsque je tourne, je peux écouter de grands morceaux de musique classique ou je peux écouter du rap ou bien la bande originale d’un film; jusqu’à ce que je trouve le rythme qui me semble juste pour le film. Quand je tourne, je monte dans ma tête chaque séquence. Je vois le mouvement. Je suis aussi à certains moments comme un peintre, comme un Delacroix qui tracerait sur sa toile une trainée de sang. J’aime l’idée d’être à la fois chef d’orchestre et peintre, et l’idée d’un mouvement perpétuel dans la scène.

 

© Sony Pictures

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Puisque nous parlons de rythme, comment vous, Denzel, vous adaptez-vous au rythme dAntoine Fuqua ?

 

D.W. : « I’m in the band ». C’est simple, je joue moi aussi. Du rap comme de la musique classique. Je fais partie de cette musique. Ça ne veut pas dire que j’écoute la musique qu’il y a dans la tête d’Antoine. En fait, je crois que, par mon jeu, j’affecte la musique qu’il écoute.

 

A.F. : De toutes façons, Denzel est vraiment le rythme du film. C’est lui qui donne ce rythme.

 

 

Dans une scène daction clé du film, comment avez-vous chorégraphié votre scène ?

 

D.W. : J’ai répété avec le chef cascadeur Keith Woulard pendant des mois et des mois. Surtout sur cette scène.

 

 

Vous navez pas complètement répondu à la question tout à lheure, alors jy reviens. Vous êtes-vous inspiré de thrillers, dartistes ou de performances dacteurs des années 80, ou nimporte quelle autre chose qui vous a permis dinterpréter votre Equalizer ?

 

D.W. : Non.

 

Non ? Pourtant, jai cru voir des références au cinéma de Sidney Lumet, ou à Heat qui est plus des années 90, avec la confrontation de Niro et Pacino.

 

A.F. : Mes influences majeures sont surtout les westerns de Sergio Leone. On reconnait mon amour des gros plans que l’on trouve dans les westerns de Sergio Leone, et de ces longues pauses… Vous avez parlé aussi de Sidney Lumet et Denzel a travaillé avec lui. C’était des cinéastes qui prenaient le temps de développer l’action et les personnages.

 

© Sony Pictures

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Sans trop en dévoiler, quelles ont été les scènes les plus difficiles à jouer ou à filmer ?

 

D.W. : Les scènes de combat étaient physiquement difficiles.

 

A.F. : Le premier jour est le jour le plus difficile.

 

 

Questions des spectateurs :

 

Pourquoi avoir choisi ce sujet ? Pourquoi Equalizer ?

 

D.W. : La première scène de combat du film est une scène incroyable. Il y a dans le cinéma d’Antoine et dans ce film, une dimension dramatique extraordinaire. Ce qui est génial, c’est qu’Antoine prend le temps de connaitre les personnages, et c’est cela qui m’a intéressé plus qu’autre chose.

 

 

Comment jugez-vous l’évolution du cinéma américain post-11 Septembre ? Y a-t-il certains thèmes ou certains types de rôles que vous aimeriez explorer ? Vous sentez-vous contraints de ne pas les développer à cause dune certaine pression ? Comment ressentez-vous la pression du politiquement correct qui sexerce sur certains artistes aux États-Unis ?

 

D.W. : Non. Je m’en fous. (Rires). Non, il n’y a pas de pression. Je veux être respectueux de ces événements et des souffrances des gens. Mais non, je ne sens pas de pression particulière.

A.F. : Regardez mon avant-dernier film La Chute De La Maison Blanche. Ça vous dit tout.

 

© Tous droits réservés

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À la fin de votre film Antoine Fuqua, Les Larmes Du Soleil, il y a cette phrase dEdmund Burke, qui est un philosophe et un politicien du XVIIIème siècle, qui dit : « La seule chose nécessaire au triomphe du mal est l’inaction des gens de bien ». Ici, Eminem chante Guts Over Fear. Quel lien faites-vous entre ces deux choses ?

 

D.W. : On a besoin de toutes les bonnes volontés. Si chacun d’entre nous s’occupait d’une personne, et d’une seule personne seulement, il y aurait moins de problèmes. Dans un film, on a envie d’aimer le héros, on a envie aussi de s’échapper de notre monde pendant 2 heures. Ce qui est important aussi, c’est que chacun prenne conscience de ses propres responsabilités.

 

A.F. : C’est aussi le message de ce film. D’ailleurs, être un justicier, un Equalizer, ça ne veut pas forcément dire utiliser la violence, ça peut être, comme le disait Denzel, être une aide émotionnelle, une aide financière, aider quelqu’un à traverser la rue tout simplement. Ce sont des gestes simples mais qui peuvent finalement changer le monde.

 

Merci à la Fnac Ternes et à Audrey Bouchard du groupe Fnac.

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