Ilan Ferry 1 - août - 2011 Best of


A l’occasion de la sortie de Cars 2, John Lasseter est venu dispenser un petit cours de cinéma à la FNAC St Lazare, vendredi 22 juillet lors d’un débat animé par le journaliste Rafik Djoumi. Cinevibe était là et vous révèle tout !

 

 

Quand avez vous découvert l’image de synthèse et sous quelle forme ?
J’ai toujours adoré les dessins animés et j’avais beaucoup de chance car ma mère enseignait l’art. A l’âge de treize ans j’ai découvert stupéfait qu’on pouvait en vivre, je voulais déjà travailler pour les studios Walt Disney. J’ai donc suivi des cours d’animation. J’ai eu la chance d’avoir comme professeurs de grands maitres. Lorsque j’ai commencé dans les studios Walt Disney, j’ai pu voir les premiers films crées par ordinateur, comme Tron, dont j’ai vu les premières rushes. J’y ai vu quelque chose de très excitant : comment retranscrire le monde en trois dimensions grâce aux ordinateurs. C’est ce que Walt Disney voulait depuis toujours, donner plus de dimensions, de profondeur. L’infographie était quelque chose de nouveau mais qui en même temps correspondait au désir de Walt Disney. J’ai alors réalisé un petit film de trente secondes, mais Disney n’était pas intéressé, je suis donc parti à San Francisco. Après Lucas films, il y a eu Ed Kaplan qui est arrivé, il fut le premier animateur formé à cette nouvelle technologie. La suite vous la connaissez, Steve Jobs a racheté en 1986 le département animation de Lucas films qui est devenu Pixar.

 
Comment se fait il qu’à l’époque vous ayez été le seul à percevoir l’aspect « cartoon » de l’image de synthèse ?
Pour moi l’infographie a toujours été une forme d’art mais venant de la science. A l’époque, on ne trouvait pas de logiciels pour travailler et créer ces images. On devait créer les nôtres. Imaginez un monde où les peintures auraient été crées par des chimistes. Mon approche a toujours été de considérer la technique comme un outil. C’est ce qu’on fait de cet outil qui crée le divertissement. C’est mon approche qui m’a différencié du fait de ma formation classique qui été complémentaire à ma formation technique. Mais j’ai toujours pensé que c’étaient avant tout l’histoire et les personnages qui importaient et non pas juste la technologie. Je me souviens à mes débuts je montrais mes premiers films. Lors d’une conférence, quelqu’un est venu me dire : « John c’est incroyable, quel logiciel as tu utilisé pour rendre ton film tellement drôle ? ». C’est à ce moment là que j’ai compris qu’il fallait éduquer les gens face à cette nouvelle forme en passe de devenir réellement artistique et qui reposait aussi sur l’émotion. Comment, à travers le mouvement, traduire l’émotion. Quand Pixar est né, je travaillais sur un petit film expérimental, et il y avait cette petite lampe d’architecte que je commençais à modéliser. Un ami de mes amis de Lucas Films est arrivé avec son gamin que je trouvais adorable. Mais je trouvais sa tête étrangement grande par rapport à son corps, je me suis alors demandé à quoi pourrait bien ressembler un bébé lampe. Alors j’ai commencé à jouer avec ma modélisation. Plus tard, Steve Jobs est venu me voir pour que je crée un petit film qui serait comme une carte de visite qui présenterait Pixar. Lorsque j’ai présenté mon film à un festival à Bruxelles, un célèbre animateur est venu me voir en me demandant quelle était l’histoire, il a ensuite continué en me disant que tout film d’animation doit avoir une histoire avec un début, un milieu et une fin. Je me suis alors  dit qu’il avait complétement raison. C’est à ce moment là qu’est né Luxo Jr. Lorsque j’ai fait le film nous avions très peu de moyens, j’étais très limité dans ma liberté d’action, et pourtant quand nous l’avons montré à Siggraph , Luxo jr a connu un grand succès et c’est à ce moment là que nous avons réalisé que Pixar venait de naitre.

 

© Disney

 
Pixar est réputé pour son perfectionnisme et le rôle central donné aux intrigues. C’est vous qui avez imposé cela ?
Au début en tant que seul animateur chez Pixar j’ai dû inculquer à l’équipe que les personnages et l’histoire primaient malgré mon amour de la technologie. Nous nous sentions un peu seuls au début car  même si nous proposions nos story-boards à Disney c’est nous finalement qui prenions les décisions finales. Il était important pour nous de faire des films que nous aimerions voir au cinéma. C’est un processus très long mais comme pour tout film traditionnel, même si nous ne passons pas par les mêmes étapes. Il est impératif de faire un pré-montage que je qualifierais de mental par l’intermédiaire du story-board et des dessins. Par cette base, on améliore, peaufine, jusqu’à ce que cela nous paraisse parfait. Ensuite on démarre l’animation séquence par séquence. C’est un long voyage mais accélérer ce processus n’amène à rien finalement.

 

 

Cars, Le Monde de Nemo, Wall-E, présentent des personnages difficiles à animer, d’où vous vient ce goût pour la difficulté ?
J’adore donner la vie à des objets inanimés. Ce qui m’a inspiré pour Cars par exemple c’est un court métrage de Disney : Susie, the Little Blue Coupe. Ils ont fait quelque chose d’extraordinaire à savoir placer le visage là où se trouve le pare brise, toute la voiture devient alors le visage. Ce qui était parfait pour le monde Cars uniquement composé de voitures. En tant qu’animateur, quand je vois un objet je me demande toujours où serait le visage, les yeux, car ce sont les fenêtres de l’âme. C’est un exemple parfait de comment un animateur crée, à partir d’un objet, un univers qui lui ressemble et qui est crédible.

 

© Disney

 

 

Pixar a-t-il aboli la séparation entre films live et animés ?
J’ai toujours pensé que l’animation infographique était un mélange de ces deux formes. On a rapidement dit que la mise en place de l’animation d’un film Pixar était très similaire à celle d’un film d’animation plus « traditionnel ». On s’est rendus compte qu’on pouvait réinventer la grammaire cinématographique par le biais de l’ordinateur. C’est ce qu’on voit dans Toy Story. Mais nous ne voulions pas faire de photoréalisme, bien souligner que nous étions dans un monde de fantaisie mais avec cette ambition de retranscrire tous les éléments avec le plus de réalisme possible. S’inspirer du classicisme pour en faire quelque chose de nouveau.

 

 

Que pensez vous de la performance capture ?
Je ne suis pas un grand fan de la performance capture du moins pour Pixar dont la spécificité a toujours été de créer l’émotion à partir de l’animation. Bien sûr le procédé se justifie avec Avatar, mais si nous sommes dans des univers où la caricature existe, la performance capture enlève toute crédibilité. Je trouverais ça étrange de trouver de la performance capture dans un monde complètement stylisé. Notre philosophie chez Pixar c’est d’être crédible avec un monde et des personnages légèrement caricaturés. La performance capture nous enlèverait le plaisir de la création. Pour un animateur c’est une satisfaction immense que d’élaborer une scène qui va prendre vie. Dès lors, vous n’avez plus une animation mais un personnage qui pense, a une personnalité grâce aux mouvements que vous lui avez donné. Cet aspect artisanal est très important. Beaucoup d’idées de scénarios viennent de la manière dont on va animer les scènes. Je ne vois donc pas Pixar s’y mettre. Ce qui n’empêche au procédé d’être formidable entre les mains de James Cameron par exemple.

 

© Disney

 

Cars a connu un plus grand succès en DVD qu’en salles, comment l’expliquez vous ?
Je pense qu’au début le public américain s’est fait une mauvaise opinion de Cars en pensant que cela ne s’adressait qu’à des enfants. Etrangement, ce n’est que plus tard que la popularité des personnages n’a cessé de grandir un peu partout dans le monde. En France par contre je me suis laissé dire que vous étiez plus intéressé par le foot et que l’année de la sortie du film votre équipe n’a pas été particulièrement brillante !

 

 

Parlez-nous de la difficulté de concevoir une suite à Cars dont l’histoire était à priori fermée…

Le premier film remplissait trois conditions primordiales : des personnages mémorables, une histoire passionnante et un univers crédible. Le défi pour cette suite était d’être différent, cela a toujours été notre credo chez Pixar. Lorsque je faisais la promotion mondiale de Cars, j’ai découvert que chaque pays avait une histoire, des voitures, des habitudes de conduite différentes. J’imaginais Martin coincé dans l’Arc de Triomphe etc… J’ai eu la chance d’assister à une énorme course de Formule 1 en Espagne et je me suis dit que je devais absolument mettre Flash McQueen dans une course comme celle-ci. Et puis j’ai toujours été un fan de films d’espionnage, je me suis dit : et si on inscrivait les personnages de Cars dans un genre totalement différent comme le film d’espionnage ? J’adore des films comme L’homme qui en savait trop dans lesquels des innocents se retrouvent au centre de complots internationaux. J’ai voulu faire la même chose avec les personnages de Cars.

 

© Disney

 

 

 

Propos recueillis par Jérémie Garçin. Merci à Sarah Ousahla et à la FNAC St Lazare.

 

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