Ilan Ferry 10 - janvier - 2012 Best of

 

Pif, Paf, Poum… les plus mauvaises langues vous diront qu’il s’agit là des meilleurs dialogues écrits par Roland Emmerich. Surprise : dans Anonymous, les protagonistes parlent en vers et laissent de coté toutes onomatopées superflues. Il aura donc fallu plus de vingt ans pour que le maitre du film catastrophe devienne « respectable » avec un film potentiellement nominable dans une autre catégorie que « meilleurs effets spéciaux ». Retour sur le parcours d’un warrior !
 
Sur vos films suivants vous allez avoir une double collaboration avec votre compositeur Harald Kloser, qui jouera également le rôle de narrateur, sur des films que l’on pourrait qualifier de conspirationnistes. 10.000  parle du mythe Atlantéen, 2012 de l’apocalypse selon les mayas, et même Anonymous s’inscrit dans cette mouvance. Est-ce que vous passez vos nuits sur Internet ?
Il se trouve qu’Harald Kloser est l’un de mes plus vieux amis, bien avant d’être un collaborateur. Je suis toujours méfiant lorsqu’il s’agit de travailler avec ses amis proches, j’ai trop peur de les perdre. Juste après Le Jour d’Après, on dinait et on a ressenti l’envie de travailler ensemble. Et pour trouver l’inspiration pour mes films, ce n’est pas sur Internet que je vais mais dans des librairies. C’est pour moi l’endroit on l’on a une vision précise de ce qui intéresse les gens.

 

Sur un mythe comme 10.000 , est-ce que c’est quelques chose que vous avez cru ou juste une histoire que vous aviez envie de raconter ?

Non, j’ai juste trouvé qu’il s’agissait d’une histoire intéressante. Il ne s’agissait pas pour moi de faire un travail d’historien, ou de prouver ou d’affirmer quelque chose, mais juste la fabrication d’un mythe ou d’une histoire qui m’intéressait.

 

Après 10.000 il y a 2012 qui va être l’énorme succès que l’on sait. Ce film vous a-t-il servi d’assise pour vous lancer dans un sujet plus compliqué comme celui d’Anonymous ?

En fait j’ai pris connaissance du scénario sur lequel s’est basé ce film il y a déjà 10 ans et j’ai été très marqué par cette idée. Quand vous avez un coup de cœur pour un scénario il ne faut pas le lâcher. On a beau être entouré d’une abondance de scénarios à Hollywood, c’est très rare qu’un scénario arrive à capter votre cœur et votre attention. Et l’autre scénario sur lequel je suis tombé de la même façon c’est The Patriot. Et le point commun des deux c’est qu’ils traitaient d’Histoire, un sujet qui m’a toujours passionné. Dans Anonymous, ce qui m’a attiré encore plus est le fait que cela traite d’un auteur dont la renommée est mondiale. Le fait qu’il s’agisse de la remise en question de la paternité des œuvres de cet artiste était pour moi un sujet qui n’avait jamais été traité et que j’ai trouvé passionnant.

 

Rhys Ifans, Anonymous
© Sony Pictures France

 
 
Ce que j’ai trouvé intéressant dans Anonymous, c’est qu’on aurait pu s’attendre à ce que votre style habituel se dilue, et finalement pas du tout, il s’agit vraiment d’un film de Roland Emmerich, au niveau structurel et de la mise en scène. Cette recherche de l’efficacité elle vous caractérise ?

Un film, avant que je puisse le fabriquer, doit d’abord être dans ma tête. Mon but était de mettre à profit la complexité de cette intrigue, cette dimension vaste et tortueuse, pour prendre du recul. En général ce genre de film est toujours filmé avec des plans rapprochés, proches des êtres et des visages. Pour moi il s’agissait d’avoir des plans plus larges, d’ouvrir et de donner de l’espace à ce genre d’intrigue et à la ville de Londres, pour qu’elle puisse se montrer. De ce point de vue là il me semble que je suis effectivement resté fidèle à mon style. Il a beaucoup de personnages comme dans tous mes films, et beaucoup d’images fortes également.

 

Sans trop révéler de l’intrigue, il y a trois personnages principaux : Un poète secret, un poète frustré et un usurpateur. J’ai l’impression que vous vous identifiez aux trois à la fois.

Je crois que c’est vraiment ce sujet qui est venu à moi et pas l’inverse mais je dois dire que j’ai été irrésistiblement attiré vers les trois personnages. Je m’y suis donc probablement reconnu en partie.

 

Sebastian Armesto, Rafe Spall dans Anonymous de Rolad Emmerich

© Sony Pictures France

 
 
Le film n’est pas raconté de façon chronologique. Il est même particulièrement complexe dans les aller-retour. C’est quelque chose qui a été décidé dès le départ ou tardivement ?

Je voulais faire un film pour les personnes intelligentes, pour que les critiques intelligents puissent l’aimer !

 

Le film a d’ailleurs été très bien reçu par les critiques…

Oui, mais comme tous les films il aura ses détracteurs. Pour moi, ce qui était la moelle épinière de ce film,  c’était l’idée que les mots peuvent changer quelque chose. C’est quelque chose que l’on a tendance à négliger dans notre société et je voulais montrer qu’il faut écouter les artistes parce qu’ils ont des choses à dire.

 

Même si le sujet du film peut sembler effrayant pour le grand public. Le film reste accessible, sans avoir trahi la qualité littéraire des œuvres de Shakespeare…

J’ai voulu raconter cette histoire de façon très moderne et je pense que si ce genre de film est fait de façon trop intellectuel c’est parce que les gens qui les réalisent généralement viennent du théâtre, et les font dans un esprit très théâtral. Comme je viens du cinéma, je voulais donner un souffle moderne à cette histoire pour vraiment transmettre son cœur au public. C’est pour cela que l’on a transformé Shakespeare en acteur, en sorte de rock star qui se jette dans la foule. Il y a véritablement un effet anachronique dans le traitement de la vie de Shakespeare mais je pense que c’est le meilleur moyen d’intéresser le public à ce type de personnage.

 

Beaucoup d’acteurs d’Anonymous, Rhys Ifans, Joely Richardson ou encore Derek Jacobi sont issus du théâtre. Est-ce que cela vous a aidé ?

Lorsque j’ai commencé le casting, il était clair pour moi qu’il fallait des comédiens britanniques pour des questions de crédibilité, de réalisme. Et cela m’a donnée un autre avantage immense une fois que l’on a commencé à tourner. En effet, plus du tiers de ce film était tourné sur fond verd et c’est un problème avec les acteurs de cinéma qui ont l’habitude de décors réels ou tout du moins visuels. Du coup ils ont beaucoup de mal avec cela, il faut constamment les motiver et travailler avec eux pour qu’ils puissent imaginer le contexte dans lequel ils sont alors que les acteurs de théâtre n’ont aucun mal à cela, ce qui m’a beaucoup aidé.

 

Photocall Anonymous

© Tous droits réservés


 
 

Pourquoi avoir choisi de tourner Anonymous en Allemagne plutôt qu’en Angleterre ?

Je cherchais la solution la moins chère possible. J’avais déjà essayé de le faire 5 ans plus tôt en Angleterre et on avait du arrêter parce que cela revenait trop cher. Les couts étaient moindres en Allemagne, notamment grâce au système d’avantages fiscaux qui nous permettaient de réduire le budget. Et c’était pour moi le prétexte idéal pour tourner dans mon pays natal et je ne pouvais pas mieux demander.

 

Roland Emmerich sur le tournage d'Anonymous

© Sony Pictures Entertainment


 
 

Si on se replace en septembre 2001, un certain mardi, de nombreuses personnes à travers la planète ont vu des images à la télévision, et au-delà de l’horreur, beaucoup ont fait un rapprochement avec vos films. Vous, en tant que réalisateur d’Independence Day en 1996,  avez-vous également eu cette pensée, par rapport à l’effondrement de l’Empire State building dans votre film et les milliers de gens qui courent dans les rues ?

J’étais au Mexique lorsque c’est arrivé et j’ai été choqué comme beaucoup de monde, et encore plus lorsque de nombreuses personnes m’ont appelé et m’ont dit « On dirait l’un de tes films ». A cette période, j’étais en train d’écrire Le Jour d’Après, et j’ai immédiatement arrêté. Au bout d’un an je me suis rendu compte que j’écrivais pour une cause noble et juste, l’écologie, et j’ai donc recommencé, mais avec une approche différente sans doute. Ainsi, lorsque l’énorme vague arrive, on ne voit pas un seul bâtiment s’écrouler. Dans d’autres circonstances, cela aurait été différent, puisque plausible et naturel, mais je ne pouvais plus. Jamais personne n’avait vu un désastre d’une telle ampleur à la télévision et je pense que cela a marqué nos esprits et nos imaginaires à tous.

 

Que ferez-vous après ce film ?

On est déjà en train de travailler sur mon prochain film qui s’appelle Singularity. C’est un film de science fiction, une sorte de thriller médical et donc cela traite de la question des rapports entre l’homme et la machine et de la fusion.

 

 Avez-vous toujours l’intention de faire l’adaptation de Fondation ?

Oui le projet est toujours là. Il est un peu plus compliqué qu’on l’imaginait donc on vient d’embaucher un nouveau scénariste pour travailler dessus et on espère pouvoir bientôt le tourner.
 
 
Merci à Léa Lacoste et à la Fnac Montparnasse

Commentaires