Nicolas Aubry 6 - novembre - 2014 Critiques

 

Un film de Céline Sciamma. Avec Karidja Touré, Assa Sylla, Lindsay Karamoh. Sortie depuis le 22 octobre 2014.

 

Après l’excellent Tomboy, Céline Sciamma revient avec son 3eme long-métrage présenté en ouverture à la quinzaine des réalisateurs à Cannes. Inégal mais globalement réussi.

 

Note : 3,5/5

 

Marieme, âgée de 16 ans, vit en banlieue. La succession des interdits, le « devenir » femme dans un milieu dominé par les hommes ou encore les difficultés scolaires font partie de son quotidien. Plutôt timide, sa rencontre avec une « Bande de filles » va accélérer son passage à l’âge adulte. Avec ce synopsis, contrairement aux apparences, Sciamma tente clairement de faire un film sur la construction de l’identité (thématique phare de Tomboy mais traitée par rapport à l’identité sexuelle) dans un milieu bien particulier. D’abord, des acteurs et actrices essentiellement noirs ; on peut se dire qu’enfin, dans notre pays pluriethnique, il était temps d’en faire des personnages principaux puisqu’ils représentent notre société…ce que font les américains depuis des décennies ! Ensuite, la banlieue et les populations plutôt pauvres en toile de fond ; on se rend compte qu’en 20 ans, le cinéma français ne traite plus les « cités » de la même manière. Après des films coup de poing comme La haine, Etat des lieux ou Ma 6T va cracker, des œuvres moins énervées, plus approfondies voire plus réfléchies, comme L’esquive de Kechiche, symbolisent une nouvelle ère. Pourtant, ce film n’est pas dans la lignée naturaliste caméra au poing du palmé d’or de l’année dernière. On pourrait dire qu’il semble plus « pop » (cf BO !) et que l’action devance souvent la psychologie chez cette réalisatrice.

 

© Pyramide Distribution

© Pyramide Distribution

 

Assez irrité par un début de film bercé par quelques clichés (Le racket, le père absent, le frère violent, le vol…) qui sont aussi des réalités, Sciamma a l’intelligence de s’en servir pour enfermer son héroïne dans une voie presque sans issue (c’est certainement pour cette raison que la valeur de cadre qui la met en scène est souvent la même) qui va l’obliger à aller de l’avant de manière positive ou négative. Mais, même quand Vic (notre héroïne change son nom une fois intégrée dans la bande) se sent plus forte et comme reconnue, elle se retrouve confronter à une hiérarchie dans laquelle il faut encore se battre pour construire son identité et pouvoir faire « ce que l’on veut ». Mais à vouloir beaucoup d’actions, la réalisatrice en abuse parfois. Elle donne l’impression de vouloir absolument posséder un coup d’avance sur le spectateur. De ce fait, les changements, étapes ou obstacles que doit surmonter Vic, pour que son personnage évolue, sont trop nombreux, trop rapides, trop extrêmes. On perd la bande en route et on distingue mal ce que Sciamma veut faire de Vic. Par contre, la manière dont elle casse sa narration (de longs noirs silencieux), la tendresse qu’elle porte à ces filles pleines de vie, les trouvailles de mise en scène, que ce soit pour montrer le changement d’attitude des filles une fois entrée dans la cité, ou en inversant le rapport amoureux en y faisant surgir la pudeur, montrent bien que Céline Sciamma est une réalisatrice forte de notre cinéma national.

 

 

Malgré quelques moments faibles et des directions parfois discutables, « Bande de filles » reste un film à l’énergie communicative plutôt maitrisé et original sur le récit d’apprentissage.

 

 

 

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