Alexis Pitallier 20 - février - 2015 Best of, Critiques

 

Un film de Sam Taylor-Johnson . Avec Jamie Dornan, Dakota Johnson, Jennifer Ehle. En salles depuis le 11 février 2015.

 

L’adaptation du 1er tome des aventures romantiques et sadomaso de Christian Grey et Anastasia Steele vient d’arriver sur nos écrans. Ceux qui n’ont pas été touchés par la trilogie phénomène de EL James peuvent-ils y trouver leur compte ?

 

Note : 1,5/5

 

Il faudrait avoir vécu sur une île déserte pour ne jamais avoir entendu parler du phénomène représenté par la sortie du premier tome de la trilogie littéraire d’E.L James. Qualifié par beaucoup de critiques et de lecteurs comme catastrophique, 50 nuances de Grey remporta avec les deux autres tomes qui suivirent, 50 nuances plus sombres et 50 nuances plus claires, un véritable succès auprès des lectrices et fit de l’auteur l’une des plus lues de Grande-Bretagne. Il donna même le coup d’envoi à un genre littéraire : le « mommy porn ». Il semble donc inutile de dire que l’adaptation cinématographique était attendue de pied ferme par les fans et les curieux. La première bande-annonce, diffusée en France en juillet de l’année dernière, fut la bande-annonce la plus regardée de l’année 2014. Concernant la fidélité au bouquin, seuls ceux qui l’ont lu peuvent donner leur avis. Nous savons juste que l’adaptation en donne une version édulcorée ; les scènes les plus osées y sont absentes. En revanche, nous pouvons juger le film en tant qu’œuvre cinématographique. La réalisatrice Sam Taylor-Johnson, tout d’abord vidéaste et photographe, était déjà passée à la réalisation avec Nowhere Boy quand elle s’appelait encore Sam Taylor-Wood. Cette biographie sur la jeunesse de John Lennon, joué d’ailleurs par Aaron(Kick-Ass)Taylor-Johnson devenu depuis son mari de 23 ans son cadet, était très réussie. Qu’en est-il de son deuxième long-métrage ? Malheureusement, on est pas très loin d’un navet…

 

© Universal Pictures

© Universal Pictures

 

Le film semble par moments s’adresser à un public ado. Nous avons l’impression de regarder une version de Twilight sans vampires mais avec du cul : même schéma narratif, même genre de scènes romantiques « gnan-gnan ». Il y a de nombreuses similitudes entre la trilogie de EL James et la saga de Stephenie Meyer. 50 Nuances de Grey vient d’ailleurs d’une fanfiction que James avait écrit à partir de l’univers de Twilight et dans laquelle elle mettait en scène les personnages principaux, Edward Cullen et Bella Swan. Si Jamie Dornan a plus de charisme que Robert Pattinson, il est aussi expressif que lui, c’est-à-dire pas du tout. Peut-être est-ce voulu, Christian Grey refuse de révéler ses émotions… Cependant, l’acteur nous avait habitué à mieux, notamment dans son double rôle de chasseur/shérif dans la première saison de Once Upon A Time. Dakota Johnson, fille de Don Johnson et de Melanie Griffith, est plus convaincante en jeune ingénue qui évolue. L’aspect « twilightien » s’arrête au moment où Grey révèle à Ana son attrait pour le BDSM et lui propose un contrat « dominant-soumise ». Les scènes de sexe qui durent en tout 20 minutes sont ratées. Censées faire grimper la température ou choquer, elles sont filmées et jouées de telle manière qu’on a l’impression de voir des robots qui simulent des émotions. Le manque d’alchimie entre les deux acteurs se ressent vraiment : on a du mal à croire à cette histoire d’amour, tellement ce qu’ils font ressortir à l’écran nous laisse une impression de froid. En vérité, le film est moins intéressant pour lui-même que pour le phénomène qu’il suscite. Même en France, c’est le meilleur démarrage dans les salles depuis le début de l’année selon CBO Box Office. Pourquoi ? N’est-ce que par curiosité ? Laissons aux socio(sexo)logues le soin de répondre à cette question, de nombreux essais sont sortis sur le sujet, et apprécions plutôt les nombreuses parodies, comme celle des Guignols avec François Hollande dans le rôle de Christian Grey ou encore celle avec les Lego…
 

 Si l’adaptation de 50 Nuances de Grey n’est pas une catastrophe, ce n’est clairement pas un bon film. On peut le voir par curiosité, ne serait-ce que pour tenter de comprendre son succès, ainsi que celui du livre. Quant à lire celui-ci, c’est une autre histoire…

 

 

Bande annonce de 50 nuances de Grey en version… par tuxboard

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