Elli Mastorou 10 - septembre - 2011 Best of, Critiques

 

Un film de Valérie Donzelli. Avec Valérie Donzelli, Jérémie Elkaim, Gabriel Elkaim. Sortie depuis le 31 aout 2011.
 
Un couple part en guerre contre la maladie de leur enfant. Tire larmes ou baume au cœur ?

 

Note : 3,5/5

 

C’est l’histoire de Juliette et de Roméo, un garçon et une fille aux prénoms de conte shakespearien qui tombent amoureux dans le Paris du XXIème siècle. Mais dans leur histoire, point de scènes de balcon ni de filtre empoisonné ; cette histoire c’est aussi celle de Valérie et Jérémie, qui un jour se sont rencontrés, tombés amoureux, et donné naissance à un petit garçon. Mais ce qu’ils vont peu à peu découvrir, entre rendez-vous chez le pédiatre et diagnostics au compte-gouttes, c’est que ce petit garçon va devoir traverser, avec ses parents à ses côtés, une maladie aussi injuste qu’imprévue. Les histoires d’amour en 2011, c’est aussi parfois la froideur des couloirs d’un hôpital ou la course contre la montre pour un départ Gare du Nord. Roméo et Juliette vont devoir peu à peu s’habituer aux masques stériles, à la Maison des Parents, aux larmes et à la fatigue, et à se soutenir mutuellement quand la douleur de voir disparaître son enfant vers les couloirs du bloc opératoire est insoutenable.

 

© Wild Bunch Distribution

 

Après un court métrage présenté en 2008 à la Quinzaine des Réalisateurs et son premier long (La Reine des Pommes) en 2010, la comédienne-réalisatrice Valérie Donzelli a choisi ici l’écriture à quatre mains pour raconter son histoire et celle de son compagnon de l’époque. Tourné avec un petit budget et incarnés par eux-mêmes, Donzelli et Elkaïm dépeignent de façon sincère et attachante, sans faux pathos ni mélodrame l’histoire de ces deux amoureux luttant contre le cancer de leur nouveau-né, et comment ce malheur imprévu a fait basculer leur vie de jeune couple encore naïf. Leurs doutes, leurs disputes, leur manque de sommeil et leur patience sont dépeints de façon touchante, et leur vécu personnel renforce le réalisme de l’histoire. Ce film se veut également une façon de saluer tous ceux et celles qui qui ont été à leurs côtés, les membres de la famille, les proches et les amis  de milieux sociaux et mode de vie différent  réunis par leur espoir commun pour la vie du petit Adam, entre verres d’alcool pour oublier et tasses de thé réconfortantes. Plus particulièrement, c’est un remerciement aussi au personnel des hôpitaux qui a rythmé les mois de convalescence et de traitement  de leur fils, auprès duquel le film a été projeté en avant première.

 

© Wild Bunch Distribution

 

Malgré une histoire touchante et pleine d’émotions sincères, le film pèche par son excès d’ambition : à trop vouloir toucher à tous les genres, la réalisatrice s’embarque parfois dans des scènes à la justesse parfois douteuse. Des disputes entre les parents de Juliette aux faux airs de sitcom aux répliques énoncées de façon monocorde qui sonnent un peu faux, le film semble par moments s’égarer, indécis quant à la direction qu’on voudrait lui faire prendre. Drame ? Comédie ?  Clip électro ? En tout cas, nous n’avons pas vraiment compris ce que la partie chantée venait faire là.  Malgré certains très bons choix de mise en scène (notamment les plans en extérieur dans Paris et ceux de la fin, où le trio marche lentement face à la mer) et une BO globalement réussie,  le résultat offre un long-métrage en dents de scie, une scène touchante et juste alternant avec une scène quelque peu cocasse, sonnant faux, laissant le spectateur perplexe. En conclusion, La Guerre est Déclarée est un film à l’image d’une histoire d’amour bousculée par la guerre incessante que lui livrent les aléas d’une existence forcément imparfaite : elle a ses erreurs, ses faux pas et ses coups de fatigue, elle a ses emportements passionnés et ses frissons comme ceux que donne le vertige en haut d’une grande roue de manège – mais reste malgré tout placidement réaliste.

 
 

Valerie Donzelli nous offre un joli film sur un sujet poignant. Dommage que l’ensemble ne soit pas toujours très subtil.

 
 

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