Élodie Falco 9 - mars - 2015 Critiques

 

Un film de Jean-Jacques Annaud. Avec Feng Shaofeng, Shawn Dou, Ankhnyam Ragchaa. En salles depuis le 25 février 2015.

 

Jean-Jacques Annaud s’empare du best-seller chinois « Le totem du loup » de Jiang Rong, le livre le plus vendu de la Chine moderne, pour en faire une adaptation cinématographique: Le Dernier Loup. Pari réussi ?

 

 Note : 3,5/5

 

Le film s’inscrit dans la trilogie animalière du cinéaste, précédé par L’Ours (1998) et Deux Frères (2004) qui furent acclamés par la critique. Poursuivant son cycle sur des animaux indomptables, Annaud entraîne le public dans une nouvelle aventure située en Chine intérieure/Mongolie. Après les ours et les tigres, Le dernier loup est une ode à ce mystérieux et majestueux animal, souvent redouté, ancêtre des chiens. Durant la révolution culturelle de la Chine de Mao Zedong, les étudiants urbains sont envoyés dans les steppes mongoles dans le but de transmettre leurs savoirs à ces populations non instruites. Un jeune pékinois est immergé dans une culture divergente de la sienne où les loups sont abattus pour étouffer la menace qu’ils représentent. Celui-ci va se prendre d’affection pour un louveteau, survivant d’un massacre, qu’il va élever en cachette. La première force du film, après une fiction presque documentaire jamais évoquée au cinéma, est son esthétique à couper le souffle. La Chine intérieure/Mongolie est magnifiée: on découvre des paysages utilisés habituellement par le genre documentaire, appuyant le réalisme de l’histoire et subtilement intégré dans celle-ci. Le film n’en fait jamais trop, juste assez pour pouvoir éblouir chaque spectateur. La 3D utilisée par Annaud est largement critiqué par le public qui considère ce procédé comme un phénomène de mode récurrent devenant agaçant. Ici, l’utilité de la 3D est intelligemment justifiée: elle permet d’offrir une profondeur de champs spectaculaire des steppes mongoles et de mémorables portraits des loups. Le dispositif devient un atout esthétique à part entière du Dernier Loup. On retient notamment le plan du coucher de soleil, mélangeant l’orange et le rose, au dessus des montagnes avec les hommes mongoles à cheval au premier plan évoluant sur la steppe.

 

© Mars Distribution

© Mars Distribution

 

Les loups, sujets du film, peuvent être considérés comme des acteurs à part entière. Tous les loups ont été dressés pour le film, trois dresseurs se relayaient sur le tournage. La meute, plutôt sociable, a été coopérative avec l’équipe de tournage, si bien que le réalisateur et les acteurs se sont réellement liés d’affection avec eux. L’utilisation de vrais loups révèlent le travail énorme de mise en scène dont fait preuve Le Dernier Loup, la difficulté de gérer des animaux sauvages pour leurs rôles. Les scènes de cavales entre loups, chevaux et hommes courant tous vers la mort sont impressionnantes. Selon Annaud, ces scènes de poursuites sont mêmes les plus dures qu’il a eu à tourner de toute sa carrière. Toutefois, Le dernier loup n’est pas un film contemplatif mais un film réflexif et percutant. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il ne s’adresse pas à un large public. Le film est un prétexte pour mettre en scène et dénoncer une réalité dérangeante: le massacre des animaux sauvages. La défense des animaux est une action importante aux yeux du cinéaste qui porte le sujet à l’écran, sans censure. On assiste donc à la maltraitance d’animaux et même l’extermination totale d’une meute. Le titre lui-même suggère l’urgence, l’agissement face à une espèce qui se meurt. On regrette donc le manque de précaution prise car ce film n’est même pas interdit au moins de 10ans. Ce qui en ressort: un scandale des parents qui quittent la salle en pleine séance et des enfants traumatisés par un fait qui les dépasse et qu’ils ne comprennent pas. Les vices et la cruauté des Hommes sont pointés du doigt par Annaud: Les loups sont tués par les Mongoles, eux-même écrasés par la présence des Chinois civilisés qui envahissent leurs terres vierges pour en puiser les ressources. De plus, la version française a dégradé le film en traduisant tous les nombreux dialectes. Cette diversification était une des richesses filmiques et techniques du film dont Jean-Jacques Annaud était particulièrement fier et que les spectateurs français ne verront, malheureusement, jamais.

 

 

Le Dernier Loup allie beauté et violence avec un scénario réaliste et engagé qui interpelle le spectateur.

 

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