Ilan Ferry 19 - mars - 2018 Best of, Critiques

 
Cette semaine a été particulièrement riche en sorties cinéma et avec le printemps du cinéma qui pointe le bout de ses pétales, Cinevibe vous propose une petite sélection des films à voir ou pas.

 

Hostiles. Un film de Scott Cooper avec Christian Bale, Rosamund Pike et Wes Studi. En salles depuis le 14 mars 2018.
 
Et pour commencer notre petit défrichage, quoi de mieux qu’une petite balade dans l’Ouest sauvage en compagnie du taciturne Christian Bale et de la belle Rosamund Pike ? Balade funeste dans une Amérique hantée par ses fantômes, Hostiles est un western d’une âpreté et d’une sécheresse assez rares dans le paysage cinématographique américain. Entièrement porté par un trio d’acteurs magnifiques d’une dignité absolue, le film de Scott Cooper prône la réconciliation avec soi, les autres et fait totalement sens dans la filmographie de Scott Cooper qui, de Crazy Heart à Strictly Criminal en passant par le superbe Les Brasiers de la Colère n’aura eu de cesse de dépeindre une Amérique désenchantée à travers quelques-unes de ses figures les plus emblématiques. D’une tristesse inouïe, porté par un désespoir à la fois plombant et salutaire, Hostiles est à l’image de ses protagonistes : une oeuvre qui se dévoile par strates, pudiquement avec maturité et dignité sans jamais en faire trop. Une opération de démythification intéressante à plus d’un sens surtout dans le contexte actuel et portée ici par un vrai regard de cinéaste, Cooper nous offrant des plans d’une beauté incroyable… ou quand le cinéma de John Ford rencontre la poésie de Malick. (Note : 8/10)

Christian Bale dans Hostiles de Scott Copper


 
Un raccourci dans le temps. Un film d’Ava Duvernay. Avec Chris Pine, Oprah Winfrey et Reese Witherspoon. En salles depuis le 14 mars 2018.
 
C’est LE gros accident industriel de la semaine, voire de l’année. La nouvelle fiction live de Disney est une espèce de grosse meringue bien grasse et indigeste dans laquelle une jeune fille mal dans sa peau explore l’univers à la recherche de son papounet disparu. Aidée par trois fées (dont une Oprah Winfrey qui gagne haut la main la palme du meilleur sosie de Beetlejuice !), son insupportable petit frère et un bellâtre qui est rentré parce qu’il a vu de la lumière, elle va devoir de surcroît affronter une entité maléfique, source de toutes les choses néfastes qui nourrissent le cœur des hommes. Raconté comme ça, Un raccourci dans le temps sent le gentil petit conte de fées pour enfants, le résultat est tout autre : visuellement laid, porté par des personnages désincarnés au possible, Un raccourci dans le temps ne recule devant rien et surtout pas le ridicule, le point d’orgue étant « l’instant végétarien », séquence hallucinante durant laquelle Reese Witherspoon se transforme en feuille de salade géante pour transporter ses jeunes héros sur une autre rive ! Et ce n’est qu’un petit avant-gout de cette farce niaise qui se perd dans un message neuneu retranscrit avec la finesse d’un sketch de Nicolas Canteloup. Involontairement, le film d’Ava Duvernay aura eu aussi le démérite d’inciter indirectement à la violence enfantine en présentant le personnage de môme le plus insupportable qui soit répondant au doux nom de Charles Wallace. Le nanar du printemps.(Note :1,5/5)
 

Oprah Winfrey dans Un raccourci dans le temps

 

Tomb Raider. Un film de Roar Uthaug. Avec Alicia Vikander, Dominic West et Walton Goggins. En salles depuis le 14 mars 2018.
 
Pas forcément attendu, le reboot de Tomb Raider ne laissera pas un souvenir impérissable. Moins nanarde que les versions avec Angelina Jolie, cette nouvelle monture se veut un retour aux origines du mythe Lara Croft à l’image du reboot vidéoludique de 2013 dont il est le pendant live. Mais si ce dernier était un survival horrifique montrant une Lara Croft peu sure d’elle et fragile gagner ses galons d’aventurière au terme d’un parcours éprouvant, son remake live lui tiendrait davantage de la gentille balade champêtre. A trop vouloir déjouer les attentes,  Tomb Raider finit par n’en remplir aucune si ce n’est celle du divertissement mainstream passant largement un samedi soir au canapé. De fait, il passe totalement à coté de ce qui faisait l’essence de son modèle vidéoludique et, par extension de son personnage principal, et livre un divertissement loin d’être honteux certes mais aussi viscéral qu’un épisode de Dora l’exploratrice. Dommage car en termes de dramaturgie et d’ambiance, l’essentiel était déjà là. Reste une Alicia Vikander excellente dans le rôle-titre et quelques codes du film d’aventures judicieusement repris. Les non-initiés passeront surement un bon moment s’ils ne sont pas trop exigeants, les aficionados eux risquent de faire la grimace devant cette version édulcorée des aventures de Lara Croft. (Note : 2/5)
 

Alicia Vikander dans Tomb Raider


 
Ghostland. Un film de Pascal Laugier. Avec Mylène Farmer, Crystal Reed, Anastasia Phillips. En salles depuis le 14 mars 2018.
 
Regarde les femmes souffrir”… tel pourrait être le leitmotiv du cinéma de Pascal Laugier qui, de Saint Ange à Ghostland en passant par Martyrs semble prendre (un malin) plaisir à montrer ses personnages féminins en prendre plein la tronche pendant une heure et demie… pour mieux en ressortir à jamais changées. De là à dire que le cinéaste est misogyne il y a un pas que nous nous garderons bien de franchir tant ses films apparaissent davantage comme une exaltation du pouvoir de résilience de ses héroïnes. Libre alors au spectateur de juger la démarche hypocrite au regard du cheminement parcouru. Et si le propos pouvait faire sens dans Martyrs puisqu’il participait à une réflexion assez intéressante sur la notion de transcendance, il apparaît ici comme un simple gimmick, un prétexte pour débiter de la philosophie de comptoir sur la création comme exutoire. Armé de ses gros sabots, Laugier cite bêtement Lovecraft, Tobe Hooper ou Rob Zombie. En pilotage automatique depuis le moralement très douteux The Secret, Laugier semble condamner à répéter ad vitam les mêmes mécaniques à base de violence poisseuse parachevée par un twist faussement malin et réellement artificiel, cache misère d’un manque flagrant de propos intelligent. Le cinéaste ne semble avoir plus rien à raconter comme si son pourtant excellent Martyrs avait marqué un point de rupture. Et c’est bien dommage tant sa mise en scène appliquée et léchée et sa propension à créer des ambiances proprement malaisantes, démontrent bien que le cinéaste a du talent à revendre des choses à dire… encore faudrait-il qu’il daigne se renouveler au lieu de se complaire encore et toujours dans les mêmes travers. Allez on y croit… ou pas ! (Note : 2/5)

 

Mylène Farmer dans Ghostland de Pascal Laugier

Mylène Farmer dans Ghostland de Pascal Laugier

 

Et parcequ’on bonheur ne vient jamais seul, nous vous invitons à écouter les deux derniers podcasts que la team Cinevibe a enregistré avec nos amis de l’inestimable site FanFootage.fr  consacrés à Hostiles/Un raccourci dans le temps et Tomb Raider. N’hésitez pas à liker et partager.
 

 

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