Ilan Ferry 13 - septembre - 2011 Best of, Critiques

 

Un film de Kevin Smith. Avec Michael Parks, Melissa Leo, John Goodman. INEDIT

 

Le réalisateur du culte Clerks s’aventure dans le sillon du film de genre façon survival vénère et politique. Aux armes citoyens !

 

Note : 4/5

 

Le nouveau film de Kevin Smith, n’est pas un film de Kevin Smith… enfin oui et non . Avec ses dialogues ultra ciselés et ses rednecks décalqués du bulbe, Red State invoque autant le cinéma de Quentin Tarantino que celui de Rob Zombie. D’où la surprise de le voir s’aventurer sur des sentiers aussi éloignés de sa filmographie. D’autant que le bougre a du se mettre pas mal de monde à dos en pissant ouvertement sur le buddy movie dans son navrant Top Cops. Heureusement, le monsieur est parvenu à canaliser toute sa rage pour mieux la faire ressortir dans ce brûlot beaucoup plus malin qu’il en a l’air. Finies les bouffonneries post ado, voici venu le temps de la colère. Accrochez vos ceintures !

 

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A travers le calvaire de trois potes kidnappés par de dangereux fanatiques, le réalisateur de Clerks s’extirpe enfin de ses oripeaux d’adulescent immature bloqué au stade fœtal de la geekitude. Et alors que Red State aurait pu facilement tomber dans les travers du torture porn façon « Hostel chez les culs bénis », il prend bien vite un détour inattendu. En mettant sur un pied d’égalité deux forces à priori antagonistes, le cinéaste distille le malaise, enrichi son propos pour mieux de nous parler de cette Amérique interdite que personne n’ose évoquer. Et c’est peut être bien cet absence de réel parti pris, cette autopsie de la violence qui donne au film tout son cachet. Car l’ambivalence de Red State est aussi sa plus grande force. Enragé, Smith tire à boulets rouges sur deux institutions très américaines et n’épargne rien ni personne en particulier lors d’un final qui n’est pas sans rappeler le nihilisme rugueux d’un certain Devil’s Rejects.

 

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Dès lors, impossible de ne pas penser à la tuerie de Waco auquel le film fait ostensiblement référence. C’est aussi ça Red State : une plongée dans les tréfonds d’un pays où l’Histoire a une fâcheuse tendance à se répéter. Coté casting c’est bien évidemment l’excellent Michael Parks (Une nuit en Enfer) qui tire son épingle du jeu en gourou aussi dangereux que charismatique tandis que Melissa Leo offre une nouvelle performance habitée après Fighter. Et si l’on regrettera un final assez caricatural (Kevin Smith n’a jamais été très subtil), force est de reconnaître que l’écriture ultra millimétrée insuffle à l’ensemble une ironie mordante, démontrant si besoin est , que Smith est avant tout un excellent dialoguiste capable de dessiner de formidables personnages. Ce en quoi Red State excelle !

 

 

Kevin Smith débarque là où ne l’attendait pas et livre une véritable bombe à fragmentation. Red State ou le film de la maturité. Il était temps !

 

 

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