Ilan Ferry 5 - décembre - 2011 Best of, Critiques

 

Un film d’Alexandre Bustillo et Julien Maury. Avec Chloé Coulloud, Catherine Jacob et Jérémy Kapone. Sortie le 7 décembre 2011.

 

Les deux sales gosses d’A l’intérieur s’attaquent au film de maison hantée. Tous aux abris ?

 

Note : 3,5/5

 

En termes de cinéma, chaque pays a plus ou moins son genre boiteux, celui dans lequel il persiste sans jamais transformer l’essai. En France, force est de reconnaître qu’on se traine de sacrées casserolles dès lors qu’il s’agit de s’attaquer au fantastique. Non pas que tous les essais soient mauvais, mais pour un Martyrs réussi (et/ou décrié) combien de Derrière les murs totalement à la masse ? La raison de cette infortune ? Un problème de culture peut être comme l’a récemment avoué Antoine Blossier (cf.interview) réalisateur de l’efficace La Traque. Alors quand les réalisateurs d’ A l’intérieur récidivent, l’enthousiasme le dispute à l’appréhension tant leur premier film avait révélé un fort potentiel en dépit de grosses maladresses. Car si le film contient son lot de menus défauts et pêche par un manque de vicéralité certain, il n’en demeure pas moins un énorme cran au dessus d’autres productions estampillées « de genre ». Et si l’on devait émettre un véritable reproche à cette deuxième oeuvre, ce ne serait non pas le jeu approximatif de certains acteurs (dont une Marie Claude Pietragalla cabotine à souhait en prof de danse sadique) mais plutôt une narration qui tend à s’éparpiller à force de références répétées. Gênant certes, mais pas au point de parasiter le film à l’image du pathétique Village des Ombres.

 

La Fabrique 2

 

Si le film suscite un réel enthousiasme c’est avant tout parce qu’il témoigne d’une réelle ambition, non pas d’offrir aux amateurs un nouveau mètre étalon du genre, mais plutôt de s’orienter vers un genre défini – le film d’horreur- avec tout ce que cela implique comme figures imposées. Une rigueur admirable en ces temps où le genre peine à s’assumer en tant que tel dans notre pays. Tour à tour poétique et effrayant, Livide capitalise sur une esthétique ultra léché via des plans de toute beauté. Ici, la caméra se fait ample et posée participant ainsi à une ambiance d’autant plus cohérente qu’elle demeure en parfaite adéquation avec le genre auquel les deux cinéastes se sont attaqués. Moins brouillon sur la forme mais plus touffu sur le fond qu’ A l’intérieur, Livide fourmille d’idées parfois laissées en jachère mais ayant au moins le mérite d’exister au sein d’un tout qui propose davantage qu’il n’impose. D’où une générosité qui se ressent à travers divers emprunts et réappropriations. Maison hantée, zombies, fantômes et serial killer se bousculent ainsi au portillon du duo Bustillo/Maury qui ne lésinent pas sur les effets en tous genres. A la manière d’un Insiduous, leur film prête allégeance à l’épouvante au sens noble du terme en utilisant judicieusement son environnement, en l’occurence un manoir habité par une ancienne prof de danse un peu sadique sur les bords. L’ombre de Suspiria plane sur le film tel un fantôme lancinant sans jamais lui enlever de sa singularité. A contrario de certains, Livide ne tombe jamais dans le piège de la référence facile et préfère les intégrer au sein d’un univers hommage qui manque un brin de personnalité mais pas de charme. Nanti d’un garde fou pour assurer une meilleure cohésion au sein de leurs cotés fourre tout, Alexandre Bustillo et Julien Maury pourraient bien exploser et créer véritablement la surprise.

 

Imparfait, Livide demeure toutefois l’une des tentatives les plus concluantes de par sa volonté d’aller jusqu’au bout de sa logique narrative et graphique.

 
 

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