Arnaud Mangin 30 - octobre - 2015 Dossiers

 

A l’occasion  d’ Halloween, le tenancier du Vibeoclub, Arnaud Mangin, a décidé de parler d’une drôle de bestiole : l’Anaconda. Amis des bêtes et de J-Lo, cette chronique n’est pas faite pour vous !

 

« Hé Arnaud, vu que Jurassic World a fait un carton atomique cet été, t’aurais pas une connerie de derrière les fagots avec des dinosaures  ?  Un truc du genre Carnosaure…». Bon, déjà Carnosaure c’est un film cool. Pas super brillant techniquement, on ne va pas se mentir, mais qui sent quand même moins l’amour par derrière que le machin qui inonde les écrans cette semaine. Donc, pas touche, surtout que dans mes cartons, j’ai pas trouvé la cassette. A la place, j’ai Anaconda, par contre. Un anaconda, c’est comme un dinosaure sans les pattes, en fait ! Il est grand, il a la peau en cuir et mange les gens, ça devrait aller… On pourra reconnaître à Anaconda, dans un contexte comme celui de notre VibéoClub, qu’il figure parmi ces films touchants qui constituent le dernier bastion des VHS. Un peu comme Hantise avec Liam Neeson ou Peur Bleue de Renny Harlin, dont on parlera une autre fois. Les derniers gros boîtiers sur lesquels vous vous jetiez chez Vidéofutur parce que, Ouah, c’était le top en 1997 de se mater Anaconda. Subversif, horreur, tout ça… Les milliardaires, eux, avaient déjà lorgné sur le DVD, mais qu’importe le support lorsque le film est bon ? Sauf que bon, « Bon », c’est pas forcément le terme approprié, mais comme je me le suis poivré en entier, je vais en causer quand même. Coup de cœur improbable du BoxOffice mondial alors que rien ne pouvait l’y prédestiner. Anaconda avait des atouts de folies. Bon, des atouts mid-90’s, donc ça valait un peu peau de zob vu que simultanément, les 2Be3 faisaient un tabac dans les bacs, mais a priori, ça faisait la blague : D’une part, y’a Jennifer Lopez, dedans. Pour ceux qui l’ont déjà oubliée, c’est une mauvaise actrice/chanteuse, qui fait des pubs pour le shampoing désormais, alors que son ex va jouer Batman. Genre Rihana dans Battleship, mais quinze ans plus tôt… L’autre appel d’offre, et pas des moindres : les effets spéciaux ! Le film se targuait fièrement d’être à la pointe de la technologie avec de l’image de synthèse de ouf qui va vraiment te faire croire que le serpent est là, et surtout lui faire faire un peu tout et n’importe quoi à l’écran. Chiffres qui ne gâchent rien : chaque seconde d’apparition numérique de l’animal à l’écran était facturée 100 000 dollars ! Tranquille, ILM, hein… Ça valait le coup de rester un peu plus tard le vendredi soir vu le montant des primes. C’était une époque, tout juste révolue, ou avoir un monstre en CGI (à l’américaine, t’as vu?) dans un film était un argument en soi – rappelez-vous Komodo, le Anaconda du pauvre ! Les chiffres lui ont d’ailleurs donné raison.

 

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Les yeux les plus avertis beaucoup moins en revanche. Et ce qui à l’époque pouvait passer pour des sfx voyants mais acceptables sont aujourd’hui franchement cheap et chiches en photo réalisme… Désolé, les enfants, je devient peut-être un peu trop technique. Mais en gros, le gros serpent d’Anaconda est visuellement tout pourri, quand c’est l’ordinateur qui lui donne vie ! Bref, j’allais oublier l’histoire et vous faire croire qu’Anaconda ne parlait que d’un gros serpent qui attaque des gens… En même temps, c’est carrément ça. Ça raconte l’histoire d’une équipe de tournage qui va faire un reportage en Amazonie à bord d’un rafiot tout naze. C’est pas la super folie, mais ils sont assez nombreux à bord pour agrémenter le film de quelques scènes de meurtres bien mongoloïdes (genre le serpent qui pète les cervicales, façon Steven Seagal) avec du Owen Wilson ou du Danny Trejo pas encore stars, donc condamnés à crever. Le héros du film, c’est Ice Cube ! Ce qui annonce clairement le niveau des ambitions du machin. Et en route, ces gens là rencontrent Jon Voigt qui a besoin d’un bateau pour capturer le fameux Anaconda du titre. Parce qu’apparemment, le bestiau dépasse toute proportion logique. Super gros, super costaud, qui peut s’envoyer 5 ou 6 personnes dans la même journée. Mais comme Jon est un méchant chasseur goguenard, les autres ne préfèrent pas le contrarier et le suivent pour servir d’appâts vivants. Jon Voigt (Runnaway Train, Délivrance, Mission Impossible, ou Heat, quand même) prouve donc que dans la catégorie « j’ai niqué ma carrière en beauté en voulant faire un film tout public », Nicolas Cage n’avait rien inventé… Et pourtant ils ont fait Benjamin Gates ensemble, les salauds. Deux fois !

 

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On pourrait s’acharner cent ans sur le pauvre vieux qui cabotine ici comme jamais, mais Jon a au moins le mérite de se racheter, l’espace d’une courte séquence où il se fait d’abord gober, cadré comme une coloscopie -ou comme un accouchement à l’envers vu de l’intérieur, je vous laisse choisir- puis littéralement dégueulé face caméra par le serpent, à moitié digéré, juste avant de faire un clin d’oeil complice à J-Lo. On n’a toujours pas compris le sens de la scène, mais comme c’est le seul vrai moment de folie du film, on s’en accommode. Passablement vide, Anaconda alternera donc les séquences pépères de promenades en bateau au milieu de la jungle avec des singes hurleurs en guise de bande son, et les interventions régulières du monstre qui se prend plus pour un sérial killer champion d’escalade que pour un prédateur aquatique qui met un mois pour digérer chaque repas. Autant de démonstrations d’images de synthèses crapouilles qui étaient censés être la seule raison de regarder le film, mais qui ne s’excite que comme un mauvais porno. On pourrait toujours parler de Eric Stoltz : le mec qui, après s’être fait piqué sa place par Michael J. Fox sur Retour vers le futur, apparaît dans plein de films mais dont personne n’a jamais retenu le nom. Mais il a eu excellente idée d’accepter le rôle du gars qui va être cloué au lit (y’a quand même un lit sur leur bateau en fin de vie) pendant les trois quarts du film au point de ne même pas s’être rendu compte qu’il y a un anaconda dans l’histoire (le mec n’a même pas regardé l’affiche). Je vous renverrai bien vers les suites qui nivèlent encore plus vers le bas, mais si l’on excepte l’idée saugrenue d’avoir David Hasselhoff dans le troisième opus, y’a rien à en tirer… tout ça existe en DVD, dans des éditions modestes. Sinon promis, je remets la main sur Carnosaure avant la sortie de Jurassic World 2.

 

 

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