Critique : Adieu les cons

Un film de Albert Dupontel. Avec Virginie Effira, Albert Dupontel et Nicolas Marié. En salles depuis le 21 octobre 2020.

Une fable surprenante sur le caractère absurde de la condition humaine.

Note:3.5 out of 5 stars (3,5 / 5)
Réalisation:3 out of 5 stars (3,0 / 5)
Scénario:3.5 out of 5 stars (3,5 / 5)
Montage:3.5 out of 5 stars (3,5 / 5)

Avant d’entamer plus en détails cette critique, il me faut préciser une chose : Adieu les cons est un film déconcertant. Déconcertant pour de multiples raisons qui auront forcément pour effet de spoiler et/ou de conditionner les lecteurs qui iront jusqu’au bout de cette (courte) critique. Si vous n’avez pas encore vu le film d’Albert Dupontel – ce que je  vous invite fortement à faire – je vous conseille de ne pas aller plus loin dans la lecture. Certes inviter les internautes à passer leur chemin n’a ici pas beaucoup de sens mais comme semble le dire Dupontel dans son film : peu de choses en ont. Peu de choses mais quelles choses. Ce point précisé, nous pouvons avancer ! Adieu les cons raconte donc l’histoire d’une femme (Virginie Effira), frappée d’une maladie incurable et désireuse de retrouver l’enfant qu’elle a abandonnée quand elle n’avait que quinze ans. Son chemin va croiser celui de JB, cadre dépressif devenu l’homme le plus recherché de France après une tentative de suicide qui a mal tourné, et Monsieur Blin, archiviste aveugle débordant d’énergie. Tous les trois vont se lancer dans une quête folle et désespérée. Une fois qu’on a lancé ce pitch, on a rien dit ou presque sur le dernier film d’Albert Dupontel qui, en termes de tonalité et de mise en scène ne ressemble à aucun des précédents films du cinéaste. Contrairement à ce que sa bande-annonce vend, Adieu les cons n’est pas une virée débridée et délirante mais plutôt une fable extrêmement mélancolique et triste sur le besoin viscérale, vitale et pourtant souvent réfrénée d’amour dans une société en voie de déshumanisation. Chez Dupontel, les espaces sont clos, sombres et d’une tristesse absolue. Face à l »absurdité de la condition humaine, la quête d’amour devient tout aussi ubuesque mais apparait aussi comme le dernier soubresaut de vie, le salut ultime avant le grand saut.Albert Dupontel est à l’image des personnages qu’il a incarné ou mis en scène dans ses films : il ne rentre dans aucune case, il aurait même tendance à déborder ! Et c’est peut-être ça qui se révèle le plus troublant dans Adieu les cons : le film n’essaye jamais de s’extraire d’un quelconque carcan en faisant feu de tout bois. Au contraire, à la frénésie du sale gosse armé de poil à gratter, il préfère une tonalité plus grave, pesante, souvent émouvante. Adieu les cons n’est pas un film méchant, de sale gosse armé de poil à gratter. Non c’est un film grave, parfois pesant, souvent émouvant, presque trop résigné pour son propre bien.

Virginie Effira et Albert Dupontel dans Adieu les cons d’Albert Dupontel. Copyright : Gaumont

D’où l’impression de se retrouver devant un film qui se bride, trop effrayé par son propre sujet et la pudeur qu’il impose. Ou plutôt impudeur comme le dirait Dupontel en interview puisqu’il laisse tomber son costume de sale gosse pour celui de clown triste. Dupontel se met à nu pour révéler à travers son personnage d’informaticien dépressif, une vulnérabilité, palpable au détour de ses précédents films mais ici révélée à vif comme si quelque part, il n’avait plus l’envie de jouer les Auguste mais préférer révéler sa propre détresse et par extension celle des personnes en proie à la solitude. Il y a dans Adieu les cons quelque chose d’aussi frustrant qu’engageant. Frustrant car encore une fois, Dupontel ne s’autorise pas à lâcher les chevaux, nous offrant ce qui s’apparente davantage à une note d’intention qu’au brûlot furieux et poétique auquel on aurait pu s’attendre. Engageant car Adieu les cons détonne dans la filmographie de Dupontel, assume sa singularité ainsi que la profonde tristesse teintée de mélancolie. Si elle manque parfois un peu de ludisme, la mise en scène de Dupontel nous offre toutefois de vrais moments de cinéma, privilégiés ici aux morceaux de bravoure. Et si on peut regretter son singulier manque de folie et son refus de trop verser dans le slapstick, elle a toutefois le mérite de détonner dans un environnement cinématographique désespérément plat. Adieu les cons ne manque pas de plans où il déclame son amour du cinéma mais c’est avant tout un film entièrement voué à ses personnages dont une Virginie Effira lumineuse et magnifique dans ce rôle de femme en quête d’amour maternel. On en ressort avec une étrange impression : celle d’avoir assisté à un film qui ressemble à aucun autre : parfois drôle, souvent triste, d’un nihilisme qu’on ne connaissait pas de la part de Dupontel. Moins ode à la vie qu’ode à l’amour dans ce qu’il peut avoir de plus désespéré et salutaire, Adieu les cons ne va pas toujours au bout de ses idées, n’explore pas suffisamment le caractère marginal de ses personnages, mais marque en même temps une forme de maturité chez Dupontel qui peut donner de grandes choses. Un film à voir absolument mais qui nécessitera forcément d’être digéré pour l’appréhender au mieux en dépit de ses qualités et de ses défauts. S’il y a bien une chose qu’on ne pourra reprocher au film c’est sa profonde sincérité. A défaut de vous faire du bien, Adieu les cons pourrait bien vous faire réfléchir mais surtout vous émouvoir, car oui en dépit de ses défauts, Adieu les cons reste un beau film, de ceux dont la beauté se niche même dans ses aspects les plus désespérés.

Davantage drame humain que comédie débridée, il se dégage d’Adieu les cons une forme de désespoir qui le rend aussi beau que déconcertant. Décidément Dupontel ne fait rien comme les autres !