Séance de rattrapage : Hippocrate

Un film de Thomas Lilti. Avec Vincent Lacoste, Reda Kateb, Jacques Gamblin. En salles depuis le 3 septembre 2014.

 

 

A l’image des « petits » films français de cette fin d’été (Les combattants ; Party girl ), Thomas Lilti nous livre un second long-métrage grand public et audacieux qui fait du bien à notre cinéma national parfois sclérosé ! 

 

Note : 4/5

 

La bonne inspiration de Lilti tient dans le choix de parler de ce qu’il connaît : le milieu hospitalier !  Cet ancien médecin (et fils de) nous plonge, pour ne pratiquement jamais en sortir pendant 1H40, dans un hôpital parisien ou Benjamin (Vincent Lacoste) déboule assez sûr de lui pour ses premiers jours en tant qu’interne. La première séquence donne d’ailleurs le ton : notre héros traverse de multiples pièces, couloirs ou souterrains sans trouver réellement son chemin et en butant systématiquement sur des chariots ou…directement sur le personnel hospitalier ! Il oppose déjà la candeur de ce personnage au fourmillement intrinsèque à ce lieu de travail pour nous indiquer que Benjamin n’est peut-être pas exactement à la bonne place. Ce qui paraît certain, c’est que ce mélange de comique burlesque, qui s’accorde très bien avec le comique de mots qui traverse aussi Hippocrate (car c’est un film très drôle) n’empêche jamais le sens premier du film d’exister : le côté ultra-réaliste, parfois presque politique. En effet, le réalisateur a décidé de se servir de sa propre expérience (c’est-à-dire plusieurs années de pratique de la médecine) pour faire un film qui allie jusqu’à un certain point vérité et vraisemblance. Mais rassurez-vous, pas d’Urgence ou de Docteur House au programme ! Du cinéma (et non de la Tv) avec de vraies piqures  et de vraies infirmières, les cas de conscience des traitements à appliquer aux patients qui ne se règlent pas sur 5 minutes mais sur une moitié du film, les questions primordiales sur le nombre de lits restant vacants…on sent qu’il connait par cœur la logistique et l’activité médicale, ce qui donne de la chair à cette œuvre.

 

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© Le Pacte

 

Mais il montre aussi un aspect plus méconnu, celui de ces médecins étrangers obligés de passer une équivalence, de travailler deux fois plus que les autres, et surtout, de ne pas avoir le droit à l’erreur ! Reda Kateb (qui continue sur sa très bonne lancée) incarne donc Abdel, et forme avec Vincent Lacoste un duo riche et touchant. Ajoutez à cela une vraie charge sur le manque de moyens des hôpitaux (qui mettent réellement des vies en danger), et en même temps une réflexion sur ses chefs de service qui décident parfois de couvrir leur personnel « parce que c’est un métier plus difficile que les autres », et vous aurez un film très bien équilibré. Même les enjeux dramatiques, très forts, ne sont pas démultipliés. Parfois, et c’est un peu dommage, la fiction prend le pas sur la réalité d’une manière trop romanesque, et trop bien-pensante, ce qui casse légèrement la crédibilité globale du film ; mais il existe bien d’autres raisons d’aller voir Hippocrate. Comme la pertinence de la mise en scène et de l’image. Une caméra épaule aux cadres très serrés qui nous enferment avec ses personnages mais en laissant toujours une vraie liberté aux comédiens qui, du 1er au dernier rôle, sont toujours justes. Même la lumière prend ici à contre-pied ce qui se fait habituellement dans les séquences en milieu hospitalier. Pas de côté très froid, ni aseptisé mais plutôt un éclairage hétérogène qui ne joue pas sur la notion de « dureté » de l’hôpital. La difficulté n’est pas dans le lieu, mais dans le métier !

 

Courez donc voir ce film haletant, soigné et original, interprété par des comédiens en grande forme et au service du film et de son sujet.